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y et moi,--avions dans nos ceintures la plus
terrible de toutes les armes dans un combat a bout portant: le _revolver_
de Colt. C'etait une invention toute recente, et aucun Navajo n'avait
encore entendu les detonations successives et mortelles de cette arme.
--Freres! dit Seguin reprenant de nouveau la parole, vous refusez de
croire que je suis pere de votre reine. Deux de vos prisonnieres, que vous
savez bien etre ma femme et ma fille, sont sa mere et sa soeur. Si vous
etes de bonne foi, donc, vous ne pouvez refuser la proposition que je vais
vous faire. Que ces deux captives soient amenees ici; que la jeune reine
soit amenee de son cote. Si elle ne reconnait pas les siens, j'abandonne
mes pretentions, et ma fille sera libre de retourner avec les guerriers
Navajoes.
Les chasseurs entendirent cette proposition avec surprise. Ils savaient
que tous les efforts de Seguin pour eveiller un souvenir dans la memoire
de sa fille avaient ete infructueux. Quel espoir y avait-il qu'elle put
reconnaitre sa mere? Seguin lui-meme n'y comptait pas beaucoup, et un
moment de reflexion me fit penser que sa proposition etait motivee par
quelque pensee secrete. Il reconnaissait que l'abandon de la reine etait
la condition _sine qua non_ de l'acceptation de l'echange par les Indiens;
que, sans cela, les negociations allaient etre brusquement rompues, sa
femme et sa fille restant entre les mains de nos ennemis. Il pensait au
sort terrible qui leur etait reserve dans cette captivite, tandis que
son autre fille n'y retournerait que pour etre entouree d'hommages et de
respects. Il fallait les sauver a tout prix; il fallait sacrifier l'une
pour racheter les autres. Mais Seguin avait encore un autre projet.
C'etait une manoeuvre strategique de sa part une derniere tentative
desesperee. Voici ce qu'il disait:
Si, une fois sa femme et sa fille se trouvaient avec lui dans les ruines,
peut-etre pourrait-il, au milieu du desordre d'un combat, les enlever;
peut-etre reussirait-il, dans ce cas, a enlever la reine elle-meme;
c'etait une chance a tenter en desespoir de cause. En quelques mots
murmures a voix basse, il communiqua cette pensee a ceux de ses compagnons
qui etaient le plus pres de lui, afin de leur inspirer patience et
prudence. Aussitot que cette proposition fut formulee, les Navajoes
quitterent leurs sieges, et se rassemblerent dans un coin de la chambre
pour deliberer. Ils parlaient a voix basse. Nous ne pouvions par
consequent enten
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