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ciel. La distance qui me separait de lui etait de trois cents
yards au plus, et il me fallait. Suivre la saillie qui me rapprochait de
lui jusqu'au tiers environ de cette distance. Au moment ou je l'apercus,
je m'arretai pour me reconnaitre. Il ne m'avait encore ni vu ni entendu;
il me tournait le dos et paraissait observer attentivement la plaine du
cote de l'ouest. A cote de la roche sur laquelle il etait assis, sa lance
etait plantee dans le sol; son bouclier, son arc et son carquois,
appuyes contre. Je voyais sur lui le manche d'un couteau et un tomahawk.
Mes instants etaient comptes; en un clin d'oeil j'eus je pris ma
resolution. C'etait d'atteindre le defile, et de tacher de le traverser
avant que l'Indien eut le temps de descendre pour me couper le chemin. Je
pressai les flancs de mon cheval. J'avancai, avec lenteur et prudence,
pour deux raisons: d'abord parce que Moro n'osait pas aller plus vite, et
puis, parce que j'esperais ainsi passer sans attirer l'attention de la
sentinelle. Le torrent mugissait au-dessous; le bruit pouvait etouffer
celui des sabots sur le roc. J'allais donc, soutenu par cet espoir. Mon
oeil passait du perilleux sentier au sauvage, et du sauvage au sentier que
mon cheval suivait, frissonnant de terreur. Quand j'eus marche environ
vingt pas le long de la saillie, j'arrivai en vue de la plate-forme; la,
j'apercus un groupe qui me fit saisir en tremblant la criniere de Moro:
c'etait un signe par lequel je m'arretais toujours quand je ne voulais pas
me servir du mors. Il demeura immobile, et je considerai ce que j'avais
devant moi.
Deux chevaux, deux mustangs, et un homme, un Indien! Les mustangs, selles
et brides, se tenaient tranquillement sur la plate-forme, et un lasso,
attache a la selle de l'un, etait enroule au poignet de l'Indien.
Celui-ci, accroupi, le dos appuye a un rocher, les bras sur les genoux et
la tete sur les bras, paraissait endormi. Pres de lui, son arc, ses
fleches, sa lance et son bouclier. La situation etait terrible. Je ne
pouvais plus passer sans etre entendu par celui-la, et il fallait
absolument passer. Quand meme je n'aurais pas ete poursuivi, il ne m'etait
plus possible de reculer, car le passage etait trop etroit pour que mon
cheval put se retourner. Je pensai a me laisser glisser a terre, a
m'avancer a pas de loup, et d'un coup de tomahawk... Le moyen etait cruel;
mais je n'avais pas le choix et l'instinct de la conservation parlait plus
haut que tous les sent
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