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nnus Sanchez, le
toreador, et l'Irlandais aux cheveux rouges. Il y en avait encore trois
autres dont je n'ai jamais su les noms. Nous etions sur la place ouverte
devant la masure brulee. Nous pouvions voir tout ce qui se passait
alentour. Les Indiens cherchaient a degager les cadavres de leurs amis du
milieu des poutres embrasees. Quand j'eus verifie que Seguin n'etait ni
parmi les prisonniers ni parmi les morts, je les observai avec moins
d'inquietude. Le sol de la cabane, deblaye des ruines, presentait un
horrible spectacle. Plus de douze cadavres etaient etendus la, a moitie
brules et calcines. Leurs vetements etaient consumes; mais aux lambeaux
qui en restaient encore, on pouvait reconnaitre a quel parti chacun avait
appartenu. Le plus grand nombre etaient des Navajoes. Il y avait aussi
plusieurs cadavres de chasseurs fumant sous leurs blouses racornies. Je
pensai a Garey; mais autant que j'en pus juger, a l'aspect de ces restes
informes, il n'etait point parmi les morts.
Il n'y avait point de scalps a prendre pour les Indiens. Le feu n'avait
pas laisse un cheveu sur la tete de leurs ennemis. Cette circonstance
parut leur causer une vive contrariete, et ils rejeterent les corps des
chasseurs au milieu des flammes, qui s'echappaient encore du milieu des
chevrons empiles. Puis, formant un cercle autour, ils entonnerent, a plein
gosier, un choeur de vengeance. Pendant tout ce temps, nous restions
etendus ou l'on nous avait mis, gardes par une douzaine de sauvages, et en
proie a de terribles apprehensions. Nous voyions le feu encore brulant au
milieu duquel on avait jete les cadavres a demi consumes de nos camarades.
Nous redoutions un sort pareil. Mais nous reconnumes bientot que nous
etions reserves pour d'autres desseins. Six mules furent amenees, et nous
y fumes installes d'une facon toute particuliere. On nous fit asseoir le
visage tourne vers la queue; puis nos pieds furent solidement lies sous le
cou des animaux; ensuite on nous forca a nous etendre sur le dos des
mules, le menton reposant sur leur croupe; dans cette position, nos bras
furent places de sorte que nos mains vinssent se reunir par dessous le
ventre, et nos poignets furent attaches a leur tour comme l'avaient ete
nos pieds. La position etait fort incommode, et, pour surcroit, les mules,
non habituees a des fardeaux de ce genre, se cabraient et ruaient, a la
grande joie de nos vainqueurs. Ce jeu cruel se prolongea longtemps apres
que les mules elles-m
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