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penetre dans la vallee. Il y avait
une plate-forme sur le sommet occidental de la Sierra. Le souvenir m'en
etait reste parce que nous y avions fait halte pendant que notre guide
allait en reconnaissance en avant.
Un rocher surplombait cette plate-forme; je me souvenais aussi de cela;
car, pendant l'absence du guide, Seguin et moi nous avions mis pied a
terre et nous l'avions gravi. De ce rocher, on decouvrait tout le pays
exterieur au nord et a l'ouest. Sans aucun doute, les vedettes avaient
choisi ce point. Seraient-elles sur le sommet? Dans ce cas, le meilleur
parti a prendre etait de passer au galop, de maniere a ne pas leur donner
de temps de descendre, et a courir seulement le risque des fleches et des
lances. Passer au galop! Non, cela etait impossible; aux deux extremites
de la plate-forme la route se retrecissait jusqu'a n'avoir pas deux pieds
de largeur, bordee d'un cote par un rocher a pic, et de l'autre par le
precipice du canon. C'etait une simple saillie de rocher qu'il etait
dangereux de traverser, meme a pied et a pas comptes. De plus, mon cheval
avait ete referre a la Mission. Les fers etaient polis par la marche, et
la roche etait glissante comme du verre.
Pendant que toutes ces pensees roulaient dans mon esprit, j'approchais du
sommet de la Sierra. La perspective etait redoutable; le peril que
j'allais affronter etait extreme, et dans toute autre circonstance, il
m'aurait fait reculer. Mais le danger qui etait derriere moi ne me
permettait pas d'hesiter; et sans savoir au juste comment je m'y
prendrais, je poursuivais mon chemin. Je m'avancais avec precaution,
dirigeant mon cheval sur les parties les plus molles de la route, pour
amortir le bruit de ses pas. A chaque detour, je m'arretais et sondais du
regard; mais je n'avais pas de temps a perdre, et mes haltes etaient
courtes. Le sentier s'elevait a travers un bois epais de cedres et de pins
rabougris. Il decrivait un zigzag sur le penchant de la montagne. Pres du
sommet, il tournait brusquement vers la droite et entrait dans le _canon_.
La commencait la saillie de roc qui continuait la route et regnait tout le
long du precipice. En atteignant ce point, je decouvris le rocher ou je
m'attendais a voir la sentinelle.
Je ne m'etais point trompe; elle etait la; et je fus agreablement surpris
de voir qu'il n'y avait qu'un seul homme. Il etait assis sur la cime du
rocher le plus eleve, et son corps brun se detachait distinctement sur le
bleu pale du
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