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de
sacre dans sa haine impitoyable pour l'Indien sans pitie. Moi aussi, je
ressentais cette haine implacable. Toutes ces reflexions passerent
rapidement dans mon esprit, car la scene que j'ai decrite n'avait pas dure
longtemps. Je me mis alors a examiner tout autour de moi pour reconnaitre
si j'etais suffisamment cache dans ma niche. Il pouvait bien leur venir a
l'idee d'explorer les puits de mine. En cherchant a percer l'ombre qui
m'environnait, mon regard rencontra un objet qui me fit tressaillir et me
donna une sueur froide. Quelque terribles qu'eussent ete les scenes que je
venais de traverser, ce que je voyais me causa une nouvelle epouvante. A
l'endroit le plus sombre, je distinguai deux petits points brillants. Ils
ne scintillaient pas, mais jetaient une sorte de lueur verdatre. Je
reconnus que c'etaient des yeux. J'etais dans la cave avec une panthere!
ou peut-etre avec un compagnon plus terrible encore, un ours gris! Mon
premier mouvement fut de me rejeter en arriere dans ma cachette. Je me
reculai jusqu'a ce que je rencontrasse le roc.
Je n'avais pas l'idee de chercher a m'echapper. C'eut ete me jeter dans le
feu pour eviter la glace, car les Indiens etaient encore devant la cave.
Bien plus, toute tentative de retraite n'aurait fait qu'exciter l'animal,
qui peut-etre en ce moment se preparait a s'elancer sur moi. J'etais
accroupi, et je cherchais dans ma ceinture le manche de mon couteau. Je le
saisis enfin, et, le degainant, je me mis en attitude de defense. Pendant
tout ce temps, j'avais tenu mon regard fixe sur les deux orbes qui
brillaient devant moi. Ils etaient egalement arretes sur moi, et me
regardaient sans un clignement. Je ne pouvais en detacher mes yeux, qui
semblaient animes d'une volonte propre. Je me sentais saisi d'une espece
de fascination, et je m'imaginais que si je cessais de le regarder,
l'animal s'elancerait sur moi.
J'avais entendu parler de betes feroces dominees par le regard de l'homme,
et je faisais tous mes efforts pour impressionner favorablement mon
vis-a-vis. Nous restames ainsi pendant quelque temps sans bouger ni l'un
ni l'autre d'un pouce. Le corps de l'animal etait completement invisible
pour moi; je n'apercevais que les cercles luisants qui semblaient
incrustes dans de l'ebene. Voyant qu'il demeurait si longtemps sans
bouger, je supposai qu'il etait couche dans son repaire, et n'attaquerait
pas tant qu'il serait trouble par le bruit du dehors, tant que les Indiens
ne sera
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