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e tous, un episode bien
triste, me frappa. Deux femmes du peuple avaient jete les yeux sur une
captive, une jeune fille qui me parut avoir dix ans environ. Chacune se
disait la mere de cette enfant; chacune l'avait saisie par le bras, sans
violence, mais avec l'intention de la disputer a l'autre. La foule les
entourait, et ces deux femmes faisaient retentir l'air de leurs cris et de
leurs reclamations plaintives. L'une etablissait l'age de l'enfant,
racontait precisement l'histoire de sa capture par les sauvages, signalait
certaines marques sur son corps, et declarait qu'elle etait prete a faire
le serment que c'etait sa fille. L'autre en appelait aux spectateurs leur
faisait remarquer que l'enfant n'avait pas les cheveux et les yeux de la
meme couleur que l'autre femme; elle montrait la ressemblance de la jeune
captive avec son autre fille qui etait la, et qu'elle disait etre la soeur
ainee. Toutes les deux parlaient en meme temps et embrassaient la pauvre
enfant, chacune de son cote, tout en parlant. La petite captive, tout
interdite, se tenait entre les deux, recevant leurs caresses d'un air
etonne. C'etait une enfant charmante, costumee a l'indienne, brunie par le
soleil du desert. Il etait evident qu'elle n'avait nul souvenir d'aucune
des deux femmes; pour elle, il n'y avait pas de mere! Tout enfant, elle
avait ete emmenee au desert, et, comme la fille de Seguin, elle avait
oublie les impressions de ses premieres annees. Elle avait oublie son
pere, sa mere, elle avait tout oublie. C'etait, comme je l'ai dit, une
scene penible a voir. L'angoisse des deux femmes, leurs appels passionnes,
leurs caresses extravagantes mais pleines d'amour, leurs cris plaintifs,
meles de sanglots et de pleurs, remplissaient le coeur de tristesse. Le
debat fut termine, a ce que je pus voir, par l'intervention de l'alcade
qui, arrive sur les lieux, confia l'enfant a la police pour etre gardee
jusqu'a ce que la mere veritable eut pu etablir les preuves de sa
maternite. Je n'ai jamais su la fin de ce petit drame.
Le retour de l'expedition a El Paso fut celebre par une ovation
triomphale. Salves de canon, carillons de toutes les cloches, feux
d'artifice, messes solennelles, musique en plein air dans toute la ville,
rien n'y manqua. Les banquets et les rejouissances suivirent, la nuit fut
eclairee par une brillante illumination de bougies, et un _gran funcion de
baile_--un _fandago_--completa la manifestation de l'allegresse generale.
Le le
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