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vage poussa un cri de terreur, lacha la perruque, et, se
rejetant en arriere, vint rouler sur le cadavre du docteur. Ses camarades
arriverent a ce cri; plusieurs, mettant pied a terre, s'approcherent, avec
un air de surprise, de l'objet etrange et inconnu.
L'un deux, plus courageux que les autres, ramassa la perruque, et ils se
mirent tous a l'examiner avec une curiosite minutieuse. L'un apres
l'autre, ils vinrent considerer de pres le crane luisant et passer la main
sur sa surface polie, en accompagnant ces gestes d'exclamations etonnees.
Ils replacerent la perruque dessus, la retirerent de nouveau, l'ajustant
de toutes sortes de facons. Enfin, celui qui l'avait reclamee comme etant
sa propriete ota sa coiffure de plumes, et, mettant la perruque sur sa
tete, sens devant derriere, il se mit a marcher fierement, les longues
boucles pendant sur sa figure. C'etait une scene vraiment grotesque et
dont je me serais beaucoup amuse en toute autre circonstance.
Il y avait quelque chose d'irresistiblement comique dans l'etonnement des
acteurs; mais la tragedie m'avait trop emu pour que je fusse dispose a
rire de la farce. Trop d'horreurs m'environnaient. Seguin peut-etre mort!
_Elle_ perdue pour jamais, esclave de quelque sauvage brutal! Ma propre
situation etait terrible aussi; je ne voyais pas trop comment je pourrais
en sortir, et combien de temps j'echapperais aux recherches. Au surplus,
cela m'inquietait beaucoup moins que le reste. Je ne tenais guere a ma
propre vie; mais il y a un instinct de conservation qui agit meme en
dehors de la volonte; l'esperance me revint bientot au coeur, et avec
elle le desir de vivre. Je me mis a rever. J'organiserais une troupe
puissante; j'irais la sauver. Oui! Quand bien meme je devrais employer a
cela des annees entieres, j'accomplirais cette oeuvre. Je la retrouverais
toujours fidele! Elle ne pouvait pas oublier, _Elle!_ Pauvre Seguin! les
esperances de toute une vie detruites ainsi en une heure! et le sacrifice
scelle de son propre sang! Je ne voulais cependant pas desesperer. Dut mon
destin etre pareil au sien, je reprendrais la tache ou il l'avait laissee.
Le rideau se leverait sur de nouvelles scenes, et je ne quitterais point
la partie avant d'arriver a un denoument heureux ou, du moins, avant
d'avoir tire de ces maux une effroyable vengeance.
Malheureux Seguin! Je ne m'etonnais plus qu'il se fut fait chasseur de
scalps. Je comprenais maintenant tout ce qu'il y avait de saint et
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