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, nous ferons la course des massues;
vous savez ce que c'est?
Nous en avions tous entendu parler.
--Et le quatrieme?
--Oui, le quatrieme!
--_On nous fera rotir_.
Cette brusque declaration nous aurait emus davantage si l'idee eut ete
nouvelle pour nous. Mais, depuis notre capture, nous avions considere ce
denoument comme un des plus probables. Nous savions bien que si l'on nous
avait laisse la vie sauve a la mine, ce n'etait pas pour nous reserver une
mort plus douce; nous savions aussi que les sauvages ne faisaient jamais
des hommes prisonniers pour les garder vivants. Rube constituait une rare
exception, son histoire etait des plus extraordinaire, et il n'avait
echappe qu'a force de ruse.
--Leur dieu, continua Sanchez, est celui des Mexicains Azteques; ces
tribus sont de la meme race, croit-on; je suis assez ignorant sur ces
matieres, mais j'ai entendu des gens dire cela. Ce dieu porte un nom
diablement dur a prononcer. _Carrai!_ je ne m'en souviens plus.
--Quetzalcoatl?
--_Caval!_ c'est bien ca. _Pues, senores_, c'est un dieu du feu,
tres-grand amateur de chair humaine, qu'il prefere rotie, a ce que disent
ses adorateurs. C'est pour ca qu'on nous fera rotir. Ca sera pour lui etre
agreable, et en meme temps pour se faire plaisir a eux-memes. _Dos pajaros
a un golpe_ (deux oiseaux avec une seule pierre). [1]
[Note 1: _Two birds with one stone_, proverbe anglais qui correspond a:
_d'une pierre deux coup_.]
Il n'etait pas seulement probable, mais tout a fait certain que nous
serions traites ainsi; et la-dessus, nous nous endormimes n'ayant rien de
mieux a faire. Le lendemain matin, nous vimes tous les Indiens occupes a
se peindre le corps et a faire leur toilette. Puis la fameuse danse, la
_mamanchic_ commenca.
Cette ceremonie eut lieu sur la prairie, a quelque distance en avant de la
facade du temple. Prealablement on nous avait detaches de nos piquets et
on nous avait conduits sur le theatre de la fete, afin que nous pussions
voir la nation dans toute sa gloire. Nous etions toujours garrottes, mais
nos liens nous laissaient la liberte de nous tenir assis. C'etait un grand
adoucissement, et ce changement de position nous causa plus de plaisir que
la vue du spectacle.
C'est a peine si je pourrais decrire cette danse quand bien meme je
l'aurais regardee, et je ne la regardai point. Comme Sanchez nous l'avait
dit, elle etait executee par les femmes de la tribu seulement. Des
processions de jeunes
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