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ncs, je trouvai une sorte de niche ou je
me blottis. En regardant avec precaution au bord de la roche, je voyais a
une certaine distance dehors, jusqu'au fond de la barranca, ou les
buissons etaient epais et entrelaces. A peine etais-je installe, que mon
attention fut attiree par une des scenes qui se passaient a l'exterieur.
Deux hommes rampaient sur leurs mains et sur leurs genoux a travers les
cactus, precisement devant l'ouverture. Derriere eux une demi-douzaine de
sauvages a cheval fouillaient les buissons, mais ne les avaient point
encore apercus. Je reconnus immediatement Gode et le docteur. Ce dernier
etait le plus rapproche de moi. Comme il s'avancait sur les galets,
quelque chose sortit d'entre les pierres a portee de sa main. C'etait,
autant que je pus en juger, un petit animal du genre des armadilles. Je
vis le docteur s'allonger, le saisir, et d'un air tout satisfait, le
fourrer dans un petit sac place a son cote.
Pendant ce temps, les Indiens, criant et hurlant, n'etaient pas a plus de
cinquante yards derriere lui. Sans doute l'animal appartenait a quelque
espece nouvelle, mais le zele naturaliste ne put jamais en donner
connaissance au monde; il avait a peine retire sa main, qu'un cri de
sauvages annonca que lui et Gode venaient d'etre apercus. Un moment apres,
ils etaient etendus sur le sol, perces de coups de lance, sans mouvement
et sans vie! Leurs meurtriers descendirent de cheval avec l'intention de
les scalper. Pauvre Reichter! son bonnet lui fut ote, le trophee sanglant
fut arrache, et il resta gisant, le crane depouille et rouge, tourne de
mon cote. Horrible spectacle! Un autre Indien se tenait aupres du
Canadien, son long couteau a la main. Quoique vraiment apitoye sur le sort
de mon pauvre compagnon, et fort peu en humeur de rire, je ne pus
m'empecher d'observer avec curiosite ce qui allait se passer. Le sauvage
s'arreta un moment, admirant les magnifiques boucles qui ornaient la tete
de sa victime. Il pensait sans doute a l'effet superbe que produirait une
telle bordure attachee a ses jambards. Il paraissait extasie de bonheur,
et, aux courbes qu'il dessinait en l'air avec son couteau, on pouvait
juger que son intention etait de depouiller la tete tout entiere. Il coupa
d'abord quelques meches a l'entour, puis il saisit une poignee de cheveux;
mais avant que la lame de son couteau eut touche la peau, la chevelure
lui resta dans la main et decouvrit un crane blanc et poli comme du
marbre! Le sau
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