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lui, et les autres
devraient etre tirees au sort par les guerriers! Oh! ces heures furent
cruelles a passer.
Quelquefois, je desirais la revoir une fois encore avant de mourir; puis
la reflexion me soufflait qu'il vaudrait mieux ne plus nous rencontrer. La
connaissance de mon malheureux destin ne pourrait qu'augmenter l'amertume
de ses douleurs. Oh! ces heures furent cruelles! Je me mis a regarder le
carrousel des sauvages. Il y avait des passes d'armes et des exercices
d'equitation. Des hommes couraient au galop avec un seul pied sur le
cheval, et dans cette position lancaient la javeline ou la fleche droit au
but. D'autres executaient la voltige sur des chevaux lances a fond de
train, et sautaient de l'un sur l'autre. Ceux-ci sautaient a bas de la
selle au milieu d'une course rapide; ceux-la montraient leur adresse a
manier le lasso. Puis il y eut des joutes dans lesquelles les guerriers
cherchaient a se desarconner l'un l'autre comme des chevaliers du moyen
age. C'etait, en fait, un tres-beau spectacle: un grand hippodrome dans le
desert. Mais je n'etais point en disposition de m'en amuser. Sanchez y
trouvait plus de plaisir que moi. Je le voyais suivre chaque exercice avec
un interet croissant. Tout a coup il parut agite; sa figure prit une
expression etrange: quelque pensee soudaine, quelque resolution subite
venait de s'emparer de lui.
--Dites a vos guerriers, s'ecria-t-il, s'adressant a un de nos gardiens,
dans la langue des Navajoes, dites a vos guerriers que je ferais mieux que
le plus fort d'entre eux, et que je pourrais leur montrer comment on
manoeuvre un cheval. Le sauvage repeta ce que le prisonnier avait dit: peu
apres plusieurs guerriers a cheval l'entourerent et l'apostropherent.
--Toi! un miserable esclave blanc, lutter avec des guerriers navajoes! Ha!
ha! ha!
--Savez-vous aller a cheval sur la tete, vous autres?
--Sur la tete! comment?
--Vous tenir sur la tete pendant que le cheval est au galop!
--Non; ni toi ni personne. Nous sommes les meilleurs cavaliers de toute la
contree, et nous ne le pourrions pas.
--Je le puis, moi, affirma solennellement le toreador.
--Il se vante! c'est un fou! crierent-ils tous.
--Laissons-le essayer, cria l'un; donnez-lui un cheval; il n'y a pas de
danger.
--Donnez-moi mon cheval et je vous le ferai voir.
--Quel est ton cheval?
--Ce n'est aucun de ceux dont vous vous etes servis, bien sur; mais
amenez-moi ce mustang pommele, donnez-moi un cha
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