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aient, et la plus grande
partie de la ville ne montra bientot plus que des monceaux de ruines
fumantes. Nous passames la journee entiere a la ville des Navajoes pour
refaire nos chevaux et nous preparer a la traversee du desert. Les
troupeaux pilles furent rassembles. On tua la quantite de bestiaux
necessaire pour les besoins immediats. Le reste fut remis en garde aux
_vaqueros_ pour etre emmene. La plupart des chevaux des Indiens furent
pris au lasso; les uns servirent aux captives delivrees, les autres furent
emmenes comme butin. Mais il n'aurait pas ete prudent de rester longtemps
dans la vallee. Il y avait d'autres tribus de Navajoes vers le nord, qui
pouvaient bientot etre sur notre dos. Il y avait aussi leurs allies: la
grande nation des Apaches au sud, et celle des Nijoras a l'ouest.
Nous savions que tous ces Indiens s'uniraient pour se mettre a notre
poursuite. Le but de notre expedition etait atteint: l'intention du chef
au moins etait entierement remplie; un grand nombre de captives que leurs
proches avaient crues perdues pour toujours etaient delivrees. Il se
passerait quelque temps avant que les Indiens tentassent de renouveler les
excursions par lesquelles ils avaient coutume de porter chaque annee la
desolation dans les _pueblos_ de la frontiere. Le lendemain, au lever du
soleil, nous avions repasse le _canon_ et nous nous dirigions vers la
montagne Neigeuse.
LV
EL PASO DEL-NORTE.
Je ne decrirai pas notre traversee du desert, et je n'entrerai pas dans le
detail des incidents de notre voyage au retour. Toutes les fatigues,
toutes les difficultes etaient pour moi des sources de plaisir. J'avais du
bonheur a veiller sur _elle_, et, tout le long de la route, ce fut ma
principale occupation. Les sourires que je recevais me payaient, et au
dela, de mes peines. Mais etaient-ce donc des peines? etait-ce un travail
pour moi que de remplir ses gourdes d'eau fraiche a chaque nouveau
ruisseau, d'arranger la couverture sur sa selle, de maniere a lui faire un
siege commode; de lui fabriquer un parasol avec les larges feuilles du
palmier; de l'aider a monter a cheval et a en descendre? Non, ce n'etait
pas un travail. Nous etions heureux pendant ce voyage. Moi, du moins,
j'etais heureux, car j'avais accompli l'epreuve qui m'avait ete imposee,
et j'avais gagne ma fiancee.
Le souvenir des perils auxquels nous venions d'echapper donnait plus de
prix encore a notre felicite. Une seule chose assombrissait parfo
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