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s la promesse!
--Est-ce vrai, Sanchez! demandai-je tout bas au torero qui etait pres de
moi.
--Non, me repondit-il sur le meme ton. C'est un moyen de vous exciter a
mieux courir, afin d'animer le jeu. Vous devez mourir dans tous les cas.
Je les ai entendus causer de cela.
En bonne conscience. C'eut ete une mince faveur que de nous accorder la
vie a de telles conditions; car l'homme le plus vigoureux et le plus agile
n'aurait pu les remplir.
--Sanchez, dis-je encore au torero, Seguin etait votre ami. Vous ferez
tout ce que vous pourrez pour elle.
Sanchez savait bien de qui je voulais parler.
--Je le ferai, je le ferai! repondit-il paraissant profondement emu.
--Brave Sanchez! Dites-lui tout ce que j'ai souffert pour elle... Non,
non; ne lui parlez pas de cela!
Je ne savais vraiment plus ce que je disais.
--Sanchez, ajoutai-je encore, une idee qui m'avait deja traverse l'esprit
me revenant, ne pourriez-vous pas... un couteau, une arme... n'importe
quoi... ne pourriez-vous pas me procurer une arme quand on me deliera?
--Cela ne vous servirait a rien. Vous n'echapperiez pas quand vous en
auriez cinquante.
--Cela se peut. Mais j'essayerai. Le pire qui puisse m'arriver, c'est de
mourir; et j'aime mieux mourir au milieu d'une lutte.
--Ca vaudrait mieux, en effet, murmura le torero. J'essayerai de vous
procurer une arme; mais je pourrai bien le payer de... Il fit une pause.
Regardez derriere vous, continua-t-il d'un ton significatif, tout en
levant les yeux comme pour examiner le profil des montagnes, vous
apercevrez un tomahawk. Je crois qu'il est assez mal garde, et que vous
pourrez facilement vous en emparer.
Je compris et je regardai autour de moi.
Dacoma etait a quelques pas, surveillant le depart des coureurs.
Je vis l'arme a sa ceinture: elle pendait negligemment. On pouvait
l'arracher.
Je tiens beaucoup a la vie, et je suis capable de deployer une grande
energie pour la defendre. Je n'avais pas encore eu occasion de faire
preuve de cette energie dans les aventures que nous avions traversees.
J'etais reste jusque-la spectateur presque passif des scenes qui avaient
eu lieu, et generalement, je les avais contemplees avec un certain degout.
Mais, dans d'autres circonstances, j'ai pu verifier ce trait distinctif de
mon caractere. Sur le champ de bataille, a ma connaissance, il m'est
arrive trois fois de devoir mon salut a ma vive perception du danger et a
ma promptitude pour y echapper. Un
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