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tres, completerent le nombre. Quant a moi, je devais naturellement jouer le role de prisonnier. Les blancs changerent d'habits et se peignirent en Indiens, genre de toilette fort usite dans la prairie, et auquel ils etaient tous habitues. Pour Rube, la chose ne fut pas difficile. Sa couleur naturelle suffisait presque pour ce deguisement. Il ne se donna pas la peine d'oter sa blouse et son pantalon. Il aurait fallu les couper, et il ne se souciait pas de sacrifier ainsi son vetement favori. Il passa les autres habits par dessus, et, peu d'instants apres, se montra revetu de calzoneros taillades, ornes de boutons brillants depuis la hanche jusqu'a la cheville; d'une jaquette justaucorps, qui lui etait echue en partage. Un elegant sombrero pose coquettement sur sa tete acheva de le transformer en un dandy des plus grotesques. Tous ses camarades accueillirent cette metamorphose par de bruyants eclats de rire, et Rube lui-meme eprouvait un singulier plaisir a se sentir aussi gracieusement harnache. Avant que le soleil eut disparu, tout etait pret, et l'avant-garde se mettait en route. Le corps d'armee, sous la conduite de Saint-Vrain, devait suivre a une heure de distance. Quelques hommes seulement, des Mexicains, restaient a la source, pour garder les prisonniers navajoes. LIV LA DELIVRANCE. Nous coupames la plaine droit dans la direction de l'entree orientale de la vallee. Nous atteignimes le canon a peu pres deux heures avant le jour. Tout se passa comme nous le desirions. Il y avait un poste de cinq Indiens a l'extremite du defile; ils se laisserent approcher sans defiance et nous les primes sans coup ferir. Le corps d'armee arriva bientot apres, et toujours precede de l'avant-garde, traversa le canon. Arrives a la lisiere des bois situes pres de la ville, nous fimes halte et nous nous couchames au milieu des arbres. La ville etait eclairee par la lune, un profond silence regnait dans la vallee. Rien ne remuait a une heure aussi matinale; mais nous apercevions deux ou trois formes noires, debout pres de la riviere. C'etaient les sentinelles qui gardaient nos camarades prisonniers. Cela nous rassura; ils etaient donc encore vivants. En ce moment ils ne se doutaient guere, les pauvres diables, que l'heure de la delivrance fut si pres d'eux. Pour les memes raisons que la premiere fois, nous retardions l'attaque jusqu'a ce qu'il fit jour; nous attendions comme alors, mais la perspective n'etait plus la meme. L
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