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. Ils avaient l'avantage des armes pour ce genre
de combat, les sauvages etant principalement redoutables en plaine, avec
leurs longues lances. Au moment ou mes yeux se portaient sur les terrasses
superieures, une scene terrible attira mon attention et me fit oublier
toutes les autres. Sur un toit eleve, deux hommes etaient engages dans un
combat terrible et mortel. A leurs brillants vetements, je reconnus les
combattants. C'etaient Dacoma et le Maricopa! Le Navajo avait une lance;
l'autre tenait un rifle dont il se servait en guise de massue. Quand mes
yeux tomberent sur eux, ce dernier venait de parer et portait un coup que
son antagoniste evita. Dacoma, se retournant subitement, revint a la
charge avec sa lance, et avant qu'El Sol put se retirer, le coup etait
porte et la lance lui traversait le corps. Involontairement je poussai un
cri; je m'attendais a voir le noble Indien tomber. Quel fut mon etonnement
en le voyant brandir son tomahawk au-dessus de sa tete, se porter en avant
sur la lance, et abattre le Navajo a ses pieds! Attire lui-meme par l'arme
qui le percait d'outre en outre, il tomba sur son ennemi; mais, se
relevant bientot, il retira la lance de son corps, et, se penchant
au-dessus du parapet, il s'ecria:
--Viens, Luna! viens ici! Notre mere est vengee.
Je vis la jeune fille s'elancer vers le toit, suivie de Garey, et un
moment apres, le Maricopa tombait, sans connaissance, entre les bras du
trappeur. Rube, Saint-Vrain et quelques autres arriverent a leur tour et
examinerent la blessure. Je les observais avec une anxiete profonde, car
le caractere de cet homme singulier m'avait inspire une vive affection.
Quelques instants apres, Saint-Vrain venait me rejoindre, et j'apprenais
que la blessure n'etait pas mortelle. On pouvait repondre de la vie d'El
Sol.
* * * * *
La bataille etait finie. Les guerriers survivants avaient fui vers la
foret. On entendait encore par-ci, par-la, un coup de feu isole et le cri
d'un sauvage qu'on decouvrait cache dans quelque coin. Beaucoup de
captives blanches avaient ete trouvees dans la ville, et on les amenait
devant la facade du temple, gardee par un poste de Mexicains. Les femmes
indiennes s'etaient refugiees dans les bois. C'etait heureux; car les
chasseurs et beaucoup de volontaires, exasperes par leurs blessures,
echauffes par le combat, couraient partout comme des furieux. La fumee
s'echappait de plus d'une maison, les flammes suiv
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