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a ville etait defendue maintenant par six cents
guerriers, nombre a peu pres egal au notre; et nous devions compter sur un
combat a outrance. Nous ne redoutions pas le resultat, mais nous avions a
craindre que les sauvages, par esprit de vengeance, ne missent a mort les
prisonniers pendant la bataille. Ils savaient que notre principal but
etait de les delivrer, et, s'ils etaient vaincus, ils pouvaient se donner
l'horrible satisfaction de ce massacre. Tout cela n'etait que trop
probable, et nous dumes prendre toutes les mesures possibles pour empecher
un pareil resultat. Nous etions satisfaits de penser que les femmes
captives etaient toujours dans le temple. Rube nous assura que c'etait
leur habitude constante d'y tenir renfermees les nouvelles prisonnieres
pendant plusieurs jours, avant de les distribuer entre les guerriers. La
reine, aussi, demeurait dans ce batiment.
Il fut donc decide que la troupe travestie se porterait en avant, me
conduisant comme prisonnier, aux premieres lueurs du jour, et irait
entourer le temple; par ce coup hardi, on mettait les captives blanches en
surete. A un signal du clairon ou au premier coup de feu, l'armee entiere
devait s'elancer au galop. C'etait le meilleur plan et apres en avoir
arrete tous les details, nous attendimes l'aube. Elle arriva bientot. Les
rayons de l'aurore se melerent a la lumiere de la lune. Les objets
devinrent plus distincts. Au moment ou le quartz laiteux des rochers
revetit ses nuances matinales, nous sortimes de notre couvert et nous nous
dirigeames vers la ville. J'etais en apparence lie sur mon cheval, et
garde entre deux Delawares.
En approchant des maisons, nous vimes plusieurs hommes sur les toits. Ils
se mirent a courir ca et la, appelant les autres; des groupes nombreux
garnirent les terrasses, et nous fumes accueillis par des cris de
felicitations. Evitant les rues, nous primes, au grand trot, la direction
du temple. Des que nous eumes atteint la base des murs, nous sautames en
bas de nos chevaux et grimpames aux echelles. Les parapets des terrasses
etaient garnis d'un certain nombre de femmes. Parmi elles, Seguin reconnut
sa fille, la reine. En un clin d'oeil elle fut emmenee et mise en surete
dans l'interieur. Un instant apres je retrouvais ma bien-aimee aupres de
sa mere et je la serrais dans mes bras. Les autres captives etaient la;
sans perdre de temps en explications, nous les fimes rentrer dans les
chambres et nous gardames les portes, le pist
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