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qui m'etaient accordes a me detirer les membres, a concentrer
dans mon ame et dans mon corps toute l'energie dont j'etais capable pour
faire face a une circonstance aussi desesperee. Le signal de se tenir pret
fut donne aux Indiens. Ils reprirent leurs places, brandissant leurs
massues, et impatients de me voir partir.
Dacoma etait derriere moi. D'un regard de cote, j'avais mesure l'espace
qui me separait de lui. Je reculai de quelques pas, feignant de vouloir me
donner un peu plus d'elan; quand je fus sur le point de le toucher, je fis
brusquement volte-face; avec l'agilite d'un chat et la dexterite d'un
voleur, je saisis le tomahawk et l'arrachai de sa ceinture. J'essayai de
le frapper, mais, dans ma precipitation, je le manquai; je n'avais pas le
temps de recommencer; je me retournai et pris ma course. Dacoma etait
immobile de surprise, et j'etais hors de son atteinte avant qu'il eut fait
un mouvement pour me suivre.
Je courais, non vers l'avenue formee par les guerriers, mais vers un cote
du cercle des spectateurs qui, je l'ai dit, etait forme de vieillards et
d'infirmes. Ceux-ci avaient tire leurs couteaux et leurs rangs serres me
barraient le chemin. Au lieu d'essayer de me frayer une voie au milieu
d'eux, ce a quoi j'aurais pu ne pas reussir, je m'elancai d'un bond
terrible et sautai par-dessus leurs epaules. Deux ou trois de ceux qui
etaient en arriere chercherent a m'arreter au moment ou je passai pres
d'eux; mais je les evitai, et, un instant apres, j'etais au milieu de la
plaine; le village entier etait lance sur mes traces.
Ma direction etait determinee d'avance dans mon esprit, et sans la
ressource que j'avais en vue, je n'aurais pas tente l'aventure: je courais
vers l'endroit ou etaient les chevaux. Il s'agissait de ma vie, et je
n'avais pas besoin d'etre autrement encourage a faire de mon mieux. J'eus
bientot distance ceux qui etaient le plus pres de moi au depart. Mais les
meilleurs coureurs se trouvaient parmi les guerriers qui avaient forme la
haie, et ceux-la commencaient a depasser les autres. Neanmoins, ils ne
gagnaient pas sur moi. J'avais encore mes jambes de collegien. Apres un
mille de chasse, je vis que j'etais a moins de la moitie de cette distance
de la caballada, et a plus de trois cents yards de ceux qui me
poursuivaient; mais, a ma grande terreur, en jetant un regard en arriere,
je vis des hommes a cheval. Ils etaient encore bien loin; mais ils ne
tarderaient pas a m'atteindre. Etais-
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