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je assez pres pour qu'il put
m'entendre? Je criai de toute ma force, et sans ralentir ma course: "Moro,
Moro!"
Il se fit un mouvement parmi les chevaux, qui se mirent a secouer leurs
tetes, puis, j'en vis un sortir des rangs et se diriger vers moi au galop.
Je le reconnus a son large poitrail noir et a son museau roux: c'etait
Moro, mon brave et fidele Moro! Les autres suivaient en foule, mais, avant
qu'ils fussent arrives sur moi, j'avais atteint mon cheval, et, tout
pantelant, je m'etais elance sur son dos! Je n'avais pas de bride, mais ma
bonne bete etait habituee a obeir a la voix, a la main et aux genoux; je
la dirigeai a travers le troupeau, vers l'extremite occidentale de la
vallee. J'entendais les hurlements des chasseurs a cheval, pendant que je
traversais la caballada; je jetai un regard en arriere; une bande de vingt
hommes environ courait apres moi au triple galop. Mais je ne les craignais
plus maintenant. Je connaissais trop bien Moro. Quand j'eus franchi les
douze milles de la vallee et gravi la pente de la Sierra, j'apercus ceux
qui me poursuivaient loin derriere, dans la plaine, a cinq ou six milles
pour le moins.
LII
COMBAT AU BORD D'UN PRECIPICE.
Un repos de plusieurs jours avait rendu a mon cheval toute son energie, et
il gravit la pente rocailleuse d'un pas rapide. Il me communiquait une
partie de sa vigueur, et je sentais mes forces revenir. C'etait heureux,
car j'allais avoir bientot a m'en servir. J'approchais de l'endroit ou le
poste etait etabli. Au moment ou je m'etais echappe de la ville, tout
entier au peril immediat, je ne m'etais plus preoccupe de ce dernier
danger. La pensee m'en revint tout a coup, et je commencai a faire
provision de courage pour l'affronter. Je savais qu'il y avait un poste
sur la montagne: Sanchez me l'avait appris, et il le tenait de la bouche
des Indiens.
Combien d'hommes allais-je rencontrer la? Deux etaient bien suffisants,
plus que suffisants pour moi, affaibli que j'etais et n'ayant d'autre arme
qu'un tomahawk dont j'etais fort peu habile a me servir. Sans aucun doute,
ces hommes auraient leurs arcs, leurs lances, leurs tomahawks et leurs
couteaux. Toutes les chances etaient contre moi. A quel endroit les
trouverais-je? En qualite de vedettes, leur principal devoir etait de
surveiller le dehors. Ils devaient donc etre a une place d'ou on put
decouvrir cette plaine. Je me rappelais parfaitement bien la route:
c'etait celle par laquelle nous avions
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