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fficile de vous reconnaitre, si le vieux trappeur ne nous avait pas
instruit de tout ce qui vous est arrive. Mais, dites-moi donc, comment
avez-vous pu vous tirer des mains des Philistins?
--D'abord, dites-moi ce que vous etes ici, et pourquoi vous y etes?
--Oh! nous sommes un poste d'avant-garde! l'armee est la-bas.
--L'armee?
-Oui; nous l'appelons ainsi. Il y a la six cents hommes: et c'est une
veritable armee pour ce pays-ci.
--Mais, qui? Quels sont ces hommes?
--Il y en a de toutes les sortes et de toutes les couleurs. Il y a des
habitants de Chihuahua et d'El Paso, des negres, des chasseurs, des
trappeurs, des voituriers; votre humble serviteur commande la troupe de
ces derniers. Et puis, il y a la bande de notre ami Seguin.
--Seguin! est-il...
-Quoi? C'est notre general en chef. Mais venez: le camp est etabli pres de
la fontaine. Allons-y. Vous paraissez affame, et j'ai dans mes bagages une
provision de paso premiere qualite. Venez!
--Attendez un instant, je suis poursuivi!
-Poursuivi! s'ecrierent les chasseurs levant tous en meme temps leurs
rifles et regardant vers l'entree de la ravine. Combien?
-Une vingtaine environ.
--Sont-ils sur vos talons?
--Non.
--Dans combien de temps pourront-ils arriver?
--Ils sont a trois milles, avec des chevaux fatigues, comme vous pouvez
l'imaginer.
--Trois quarts d'heure, une demi-heure, tout au moins. Venez! nous avons
le temps d'aller la-bas et de tout preparer pour les bien recevoir. Rube!
restez-la avec les autres; nous serons revenus avant qu'ils arrivent,
Venez, Haller! venez!
Je suivis mon excellent ami, qui me conduisit a la source. La, je trouvai
l'armee; elle en avait bien la physionomie, car deux ou trois cents hommes
etaient en uniforme; c'etaient les volontaires de Chihuahua et d'El Paso.
La derniere incursion des Indiens avait porte au comble l'exasperation des
habitants, et cet armement inaccoutume en etait la consequence. Seguin,
avec le reste de sa bande, avait rencontre les volontaires a El Paso, et
les avait conduits en toute hate sur les traces des Navajoes. C'est par
lui que Saint-Vrain avait su que j'etais prisonnier, et celui-ci, dans
l'espoir de me delivrer, s'etait joint a l'expedition avec environ
quarante ou cinquante des employes de la caravane. La plupart des hommes
de la bande de Seguin avaient echappe au combat de la barranca; j'appris
avec plaisir qu'El Sol et la Luna etaient du nombre. Ils accompagnaient
Segu
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