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hanges, nos tomahawks se
rencontrerent avec une telle violence, qu'ils nous echapperent des mains a
tous deux. Sans chercher a recouvrer nos armes, nous nous precipitames
l'un sur l'autre, et apres une courte lutte corps a corps, nous roulames
a terre. Je croyais que mon adversaire avait un couteau, mais je m'etais
sans doute trompe, car il s'en serait certainement servi. Je reconnus
bientot qu'il etait plus vigoureux que moi. Ses bras musculeux me
serraient a me faire craquer les cotes. Nous roulions ensemble, tantot
dessus tantot dessous. Chaque mouvement nous rapprochait du precipice! Je
ne pouvais me debarrasser de son etreinte. Ses doigts nerveux etaient
serres autour de mon cou; il m'etranglait... Mes forces m'abandonnerent;
je ne pus resister plus longtemps; je me sentis mourir. J'etais... je...
O Dieu! Pardon!--Oh!
Mon evanouissement ne dut pas etre long, car, quand la conscience me
revint, je sentis encore la sueur de mes efforts precedents, et mes
blessures etaient toutes saignantes, la vie reprenait possession de mon
etre; j'etais toujours sur la plate-forme; mais qu'etait donc devenu mon
adversaire? Comment ne m'avait-il pas acheve? Pourquoi ne m'avait-il pas
jete dans l'abime? Je me soulevai sur un bras et regardai autour de moi.
Je ne vis d'autre etre vivant que mon cheval et celui de l'Indien galopant
sur la plate-forme et se livrant un combat a coups de tete et a coups de
pieds. Mais j'entendais un bruit, le bruit d'une lutte terrible: les
rugissements rauques et entrecoupes d'un chien devorant un ennemi, meles
aux cris d'une voix humaine, d'une voix agonisante! Que signifiait cela?
Il y avait une crevasse sur la plate-forme, une crevasse assez profonde,
et le bruit paraissait sortir de la. Je me dirigeai de ce cote. C'etait un
affreux spectacle. La ravine avait environ dix pieds de profondeur, et,
tout au fond, parmi les epines et les cactus, un chien enorme etait en
train de dechirer quelque chose qui criait et se debattait. C'etait un
homme, un Indien. Tout me fut explique. Le chien, c'etait Alp; l'homme,
c'etait mon dernier adversaire.
Au moment ou j'arrivai sur le bord de la crevasse, le chien tenait son
ennemi sous lui et le renversait a chaque nouvel effort que celui-ci
faisait pour se relever. Le sauvage criait comme un desespere. Il me
sembla voir l'animal enfoncant ses crocs dans la gorge de l'Indien; mais
d'autres preoccupations m'empecherent de regarder plus longtemps.
J'entendis des voix
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