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dans le temple. Ce temple, situe de l'autre cote de la ville,
etait masque par des maisons. De la place ou nous etions, je n'en pouvais
apercevoir que le sommet. On nous detacha, et on nous mit a terre. Ce
changement de position nous procura un grand soulagement. C'etait un grand
bonheur pour nous de pouvoir nous tenir assis; mais ce bonheur ne dura pas
longtemps. Nous nous apercumes bientot qu'on ne nous avait tire de la
glace que pour nous mettre dans le feu. Il s'agissait simplement de nous
retourner. Jusque-la, nous avions ete couches sur le ventre; nous allions
etre couches sur le dos. En peu d'instants le changement fut accompli.
Les sauvages nous traitaient avec aussi peu de ceremonie que s'il se fut
agi de choses inanimees. Et, en verite, nous ne valions guere mieux. On
nous etendit sur le gazon. Autour de chacun de nous, quatre longs piquets
formant un parallelogramme etaient enfonces dans le sol. On nous attacha
les quatre membres avec des courroies qui furent passees autour des
piquets, et tendues de telle sorte que nos jointures en craquaient. Nous
etions ainsi, gisant la face en l'air, comme des peaux mises au soleil
pour secher. On nous avait disposes sur deux rangs, bout a bout, de telle
sorte que la tete de ceux qui etaient en avant se trouvait entre les
jambes de ceux qui etaient sur la meme file en arriere. Nous etions six en
tout, formant trois couples un peu espaces. Dans cette position, et
attaches ainsi, nous ne pouvions faire aucun mouvement. La tete seule
jouissait d'un peu de liberte; grace a la flexibilite du cou, nous
pouvions voir ce qui se passait a droite, a gauche et devant nous.
Aussitot que notre installation fut terminee, la curiosite me porta a
regarder tout autour de moi. Je reconnus que j'occupais l'arriere de la
file de droite, et que mon chef de file etait le ci-devant soldat O'Cork.
Les Indiens charges de nous garder commencerent par nous depouiller de
presque tous nos vetements, puis ils s'eloignerent. Les squaws et les
jeunes filles nous entourerent alors. Je remarquai qu'elles se
rassemblaient en foule devant moi et formaient un cercle epais autour de
l'Irlandais. Leurs gestes grotesques, leurs exclamations etranges et
l'expression d'etonnement de leur physionomie me frapperent.
-_Ta-yah! Ta-yah!_--criaient-elles, accompagnant ces exclamations
debruyants eclats de rire.
Qu'est-ce que cela pouvait signifier! Barney etait evidemment le sujet de
leur gaiete. Mais qu'y avait-
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