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abattait entre
ses deux yeux. Je sentis le craquement de l'os sous le fer de la hachette.
Immediatement je vis disparaitre dans l'abime cheval et cavalier, celui-ci
poussant un cri terrible et cherchant vainement a s'elancer de la selle.
Il y eut un moment de silence, un long moment;--ils tombaient, ils
tombaient... Enfin, on entendit un bruit sourd,--le choc de leurs corps
rencontrant la surface de l'eau! Je n'eus pas la curiosite de regarder au
fond, et d'ailleurs je n'en aurais pas eu le temps. Quand je me relevai
(car je m'etais mis a genoux pour frapper), je vis l'autre sauvage
atteignant la plateforme. Il ne s'arreta pas un instant, mais vint en
courant sur moi et la lance en arret. J'allais etre traverse d'outre en
outre, si je ne reussissais pas a parer le coup. Heureusement la pointe
rencontra le fer de ma hache; la lance detournee passa derriere moi, et
nos corps se rencontrerent avec une violence qui nous fit rouler tous deux
au bord du precipice.
Aussitot que j'eus repris mon equilibre, je recommencai l'attaque, serrant
mon adversaire de pres, afin qu'il ne put pas se servir de sa lance.
Voyant cela, il abandonna cette arme et saisit son tomahawk. Nous
combattions corps a corps, hache contre hache! Tour a tour nous avancions
ou nous reculions, suivant que nous avions a parer ou a frapper. Plusieurs
fois nous nous saisimes en tachant de nous precipiter l'un l'autre dans
l'abime; mais la crainte d'etre entraines retenait nos efforts; nous nous
lachions et recommencions la lutte au tomahawk. Pas un mot n'etait echange
entre nous. Nous n'avions rien a nous dire; nous ne pouvions d'ailleurs
nous comprendre. Notre seule pensee, notre seul but etait de nous
debarrasser l'un de l'autre, et il fallait absolument, pour cela, que l'un
de nous deux fut tue. Des que nous avions ete aux prises, l'Indien avait
interrompu ses cris; nous nous battions en silence et avec acharnement. De
temps en temps une exclamation sourde, le sifflement de nos respirations,
le choc de nos tomahawks, le hennissement de nos chevaux et le mugissement
continuel du torrent: tels etaient les seuls bruits de la lutte. Pendant
quelques minutes nous combattimes sur l'etroit sentier; nous nous etions
fait plusieurs blessures, mais ni l'un ni l'autre n'etait grievement
atteint. Enfin je reussis a faire reculer mon adversaire jusqu'a la
plate-forme. La nous avions du champ, et nous nous attaquames avec plus
d'energie que jamais. Apres quelques coups ec
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