|
osition, mais elle n'avait rien d'exagere. Nous comprenions,
en outre, que la ceremonie du calumet nous ferait perdre encore du temps;
et nous etions dans des transes continuelles au sujet de la bande de
Dacoma qui, evidemment, ne devait pas etre loin. Mais l'ennemi s'obstinait
dans sa proposition. Impossible de formuler nos objections sans devoiler
notre arriere-pensee; force nous fut donc d'accepter.
Nous mimes pied a terre, laissant nos chevaux a la garde des hommes qui
surveillaient les prisonniers et, descendant au fond de la ravine, nous
nous trouvames face a face avec les guerriers navajoes. C'etaient dix-huit
hommes choisis: grands, musculeux, larges des epaules, avec des
physionomies rusees et farouches. On ne voyait pas un sourire sur toutes
ces figures, et menteuse eut ete la bouche qui aurait essaye d'en grimacer
un. Leurs coeurs debordaient de haine et leurs regards etaient charges de
vengeance. Pendant un moment, les deux partis s'observerent en silence. Ce
n'etaient point des ennemis ordinaires; ce n'etait point une hostilite
ordinaire qui animait ces hommes, depuis des annees, les uns contre les
autres; ce n'etait point un motif ordinaire qui les amenait pour la
premiere fois a s'aborder autrement que les armes a la main. Cette
attitude pacifique leur etait imposee, aux uns comme aux autres, et
c'etait entre eux quelque chose comme la treve qui s'etablit entre le lion
et le tigre, lorsqu'ils se rencontrent dans la meme avenue d'une foret
touffue, et s'arretent en se mesurant du regard. La convention relative
aux armes avait ete observee des deux cotes de la meme maniere, et chacun
le savait. Les manches des tomahawks, les poignees des couteaux et les
crosses brillantes des pistolets etaient a peine dissimules sous les
vetements. D'un cote comme de l'autre, on avait fait peu d'efforts pour
les cacher. Enfin la _reconnaissance_ mutuelle fut terminee, et l'on
entama la question. On chercha inutilement une place libre de buissons et
de ruines, assez large pour nous reunir assis et fumer le calumet. Seguin
indiqua une des maisons, une construction en adobe, qui etait dans un etat
de conservation supportable, et on y entra pour l'examiner. C'etait un
batiment qui avait servi de fonderie; des trucks brises et divers
ustensiles gisaient sur le sol. Il n'y avait qu'une seule piece, pas
tres-grande, avec un brasero rempli de scories et de cendres froides au
milieu. Deux hommes furent charges d'allumer du feu sur le
|