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. Les deux detachements furent prets enfin et
s'avancerent parallelement de chaque cote de la barranca. Les corps
principaux resterent en observation, echangeant d'un bord a l'autre de
l'abime des regards de haine et de defiance. Pas un mouvement ne pouvait
etre tente sans etre immediatement apercu, car les deux plaines, separees
par la barranca, faisaient partie du meme plateau horizontal. Un seul
cavalier, s'eloignant d'une des deux troupes, aurait ete vu par les hommes
de l'autre pendant une distance de plusieurs milles. Les bannieres
pacifiques flottaient toujours en l'air, les lances qui les portaient
fichees en terre; mais chacune des deux bandes ennemies tenait ses chevaux
selles et brides, prets a etre montes au premier mouvement suspect.
XLIV
UN TRAITE ORAGEUX.
Dans la barranca meme se trouvait la mine. Les puits d'extraction
laborieusement creuses dans le roc, de chaque cote, semblaient autant de
caves. Un petit ruisseau partageait la ravine en deux et se frayait
difficilement un chemin a travers les roches qui avaient roule au fond.
Sur le bord du ruisseau, on voyait quelques vieilles constructions
enfumees, et des cabanes de mineurs en ruine; la plupart etaient
effondrees et croulantes de vetuste. Le terrain, tout autour, etait
obstrue, rendu presque impraticable par les ronces, les mezcals et les
cactus; toutes plantes vigoureuses, touffues et epineuses. En approchant
de ce point, les routes, de chaque cote de la barranca, s'abaissaient par
une pente rapide et convergeaient jusqu'a leur rencontre au milieu des
decombres. Les deux detachements s'arreterent en vue des masures et
echangerent des signaux.
Apres quelques pourparlers, les Navajoes proposerent que les captifs
resteraient sur le sommet des deux rives, sous la garde de deux hommes;
les autres, dix-huit de chaque cote, devant descendre au fond de la
barranca, se reunir au milieu des maisons, et apres avoir fume le calumet,
determiner les conditions de l'echange. Cette proposition ne plaisait ni a
Seguin ni a moi. Nous comprenions qu'en cas de rupture de negociations (et
cette rupture nous paraissait plus que probable) notre victoire meme, en
supposant que nous la remportions, ne nous servirait de rien. Avant que
nous pussions rejoindre les prisonnieres des Navajoes, en haut de la
ravine, les deux gardiens les auraient emmenees, et, nous fremissions rien
que d'y penser, les auraient peut-etre egorgees sur place! C'etait une
horrible supp
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