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nous, du meme cote de la barranca. La proposition de faire conduire les
prisonniers au lieu de l'echange, par des hommes desarmes, etait
tres-raisonnable, et le chiffre indique, vingt de chaque cote, constituait
un nombre suffisant. Mais Seguin comprit tres-bien comment les Navajoes
interpretaient le mot _desarme_. En consequence, plusieurs des chasseurs
recurent a voix basse l'avis de se retirer derriere les buissons et de
cacher couteaux et pistolets sous leurs blouses de chasse. Nous crumes
apercevoir une manoeuvre semblable de l'autre cote, et voir les Indiens
cacher de meme leur tomahawks. Nous ne pouvions faire aucune objection aux
conditions proposees, et comme Seguin sentait qu'il n'y avait pas de temps
a perdre, il se hata de les accepter.
Aussitot que cela eut ete annonce aux Navajoes, vingt hommes, deja
designes sans doute, s'avancerent au milieu de la prairie, planterent
leurs arcs, leurs carquois et leurs boucliers. Nous ne vimes point de
tomahawks, et nous comprimes que chaque Navajo avait garde cette arme. Il
ne leur avait pas ete difficile de les cacher sur eux, car la plupart
portaient des vetements civilises, enleves dans le pillage des
etablissements et des fermes. Nous nous en inquietions peu, etant armes
nous-memes. Nous remarquames que tous les hommes ainsi choisis etaient
d'une force peu commune. C'etaient les principaux guerriers de la tribu.
Nous fimes nos choix en consequence. El-Sol, Garey, Rube, le toreador
Sanchez en etaient; Seguin et moi egalement. La plupart des trappeurs et
quelques Indiens Delawares completerent le nombre.
Les vingt hommes designes se dirigerent vers la prairie, comme les
Navajoes avaient fait, et deposerent leurs rifles en presence de l'ennemi.
Nous placames nos captifs sur des chevaux et sur des mules, et nous les
disposames pour le depart. La reine et les jeunes filles mexicaines furent
reunies aux prisonniers. C'etait un coup de tactique de la part de Seguin.
Il savait que nous avions assez de captifs pour faire l'echange tete
contre tete, sans ces dernieres; mais il comprenait et nous comprenions
comme lui, que laisser la reine en arriere, ce serait rompre la
Negociation et, peut-etre, en rendre la reprise impossible. Il avait
resolu en consequence de l'emmener et de negocier le plus habilement
possible, en ce qui la concernait, sur le terrain de la conference. S'il
ne reussissait pas, il en appellerait aux armes et il nous savait bien
prepares a cet evenement
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