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es rouges. Les hommes rouges
aiment leurs proches comme le font les hommes blancs. Nous savons cela, et
c'est pour cette raison que j'ai eleve la banniere de la paix, afin que
nous puissions nous rendre mutuellement nos prisonniers. Cela sera
agreable au Grand-Esprit, et nous sera agreable a tous en meme temps. Ceux
que vous avez pris sont ce qu'il y a de plus cher au monde pour nous, et
ceux que nous avons en notre possession vous sont egalement chers.
Navajoes! j'ai dit. J'attends votre reponse.
Quand Seguin eut fini, les guerriers se rassemblerent autour du grand
chef, nous les vimes engages dans un debat tres-anime. Il y avait
evidemment deux opinions contraires; mais le debat fut bientot termine, et
le grand chef, s'avancant, donna quelques ordres a celui qui tenait le
drapeau. Celui-ci, d'une voix forte, repondit a Seguin en ces termes:
--Chef blanc, tu as bien parle, et tes paroles ont ete pesees par nos
guerriers. Ce que tu demandes est juste et bon. L'echange de nos
prisonniers sera agreable au Grand-Esprit et nous satisfera tous. Mais
comment pouvons-nous savoir si tes paroles sont vraies? Tu dis que vous
n'avez pas brule notre ville et que vous avez epargne nos femmes et nos
enfants. Comment saurons-nous si cela est la verite? Notre ville est loin;
nos femmes aussi, si elles sont encore vivantes. Nous ne pouvons pas les
interroger. Nous n'avons que ta parole; cela n'est pas assez.
Seguin avait prevu les difficultes, et il ordonna qu'un de ses
prisonniers, un jeune garcon tres-eveille, fut amene en avant. Le jeune
sauvage se montra un instant apres aupres de lui.
--Interrogez-le! s'ecria-t-il en le montrant a son interlocuteur.
--Et pourquoi n'adresserions-nous pas nos questions a notre frere, le chef
Dacoma? Ce garcon est jeune, il peut ne pas nous comprendre. Nous en
croirons mieux la parole du chef.
--Dacoma n'etait pas avec nous dans la ville. Il ignore ce qui s'y est
passe.
--Que Dacoma le dise, alors.
--Mon frere a tort de se mefier ainsi, repondit Seguin mais il aura la
reponse de Dacoma. Et il adressa quelques mots au chef Navajo qui etait
assis sur la terre aupres de lui.
La question fut faite directement a Dacoma par l'Indien qui etait de
l'autre cote. Le fier guerrier, qui semblait exaspere par la situation
humiliante dans laquelle il se trouvait, repondit negativement par un
geste brusque de la main et une courte exclamation.
--Maintenant, frere, continua Seguin,--vous voyez qu
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