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en hussard, etait descendu de cheval; il la prenait dans ses bras et
l'emmenait dans la prairie. Je les suivais d'un regard impuissant. Cet
Indien lui rendait les soins les plus tendres; et j'en etais presque
reconnaissant, bien que je reconnusse que ces attentions etaient dictees
par l'amour. Peu d'instants apres, elle se redressa sur ses pieds et
revint en courant vers la barranca. J'entendis mon nom prononce; je lui
renvoyai le sien; mais, a ce moment, la mere et la fille furent entourees
par leurs gardiens, et entrainees en arriere. Pendant ce temps, le drapeau
blanc avait ete prepare. Seguin s'etait place devant nous, et le tenait
eleve. Nous gardions le silence, attendant la reponse avec anxiete. Il y
eut un mouvement parmi les Indiens rassembles. Nous entendions leurs voix:
ils parlaient avec animation, et nous vimes qu'il se preparait quelque
chose au milieu d'eux. Immediatement, un homme grand et de belle apparence
perca la foule, tenant dans la main gauche un objet blanc: c'etait une
peau de faon tannee. Dans sa main droite il avait une lance. Il placa la
peau de faon sur le fer de la lance et s'avanca en l'elevant. C'etait la
reponse a notre signal de paix.
--Silence, camarades! s'ecria Seguin s'adressant aux chasseurs. Puis,
elevant la voix, il s'exprima ainsi en langue indienne:
--Navajoes! vous savez qui nous sommes. Nous avons traverse votre pays et
visite votre principale ville. Notre but etait de retrouver nos parents,
qui etaient captifs chez vous. Nous en avons retrouve quelques-uns; mais
il y en a beaucoup que nous n'avons pu decouvrir. Pour que ceux-la nous
fussent rendus plus tard, nous avons pris des otages, vous le voyez. Nous
aurions pu en prendre davantage, mais nous nous sommes contentes de
ceux-ci. Nous n'avons pas brule votre ville: nous avons respecte la vie de
vos femmes, de vos filles, de vos enfants. A l'exception de ces
prisonniers, vous trouverez tous les autres comme vous les avez laisses.
Un murmure circula dans les rangs des Indiens. C'etait un murmure de
satisfaction. Ils etaient dans la persuasion que leur ville etait
detruite, leurs femmes massacrees, et les paroles de Seguin produisirent
sur eux une profonde sensation. Nous entendimes de joyeuses exclamations
et les phrases de felicitations que les guerriers echangeaient. Le silence
se retablit; Seguin continua:
--Nous voyons que vous avez ete dans notre pays. Vous avez, comme nous,
fait des prisonniers. Vous etes des homm
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