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, sur ses epaules, tombant jusque sur
le cou de son cheval. Elle etait couverte d'un _serape_. Un jeune Indien
marchait a cote d'elle, monte sur un magnifique etalon, et vetu d'un
uniforme de hussard mexicain. Je ne regardais qu'elle et cependant du meme
coup d'oeil j'apercus sa mere au milieu des captives placees derriere.
Le troupeau des chevaux et des bestiaux passa, et les femmes, accompagnees
de leurs gardes, arriverent en face de nous. Les captives furent laissees
en arriere dans la prairie, pendant que les guerriers s'avancaient pour
rejoindre ceux de leurs camarades qui s'etaient arretes sur le bord de la
barranca. Il etait alors grand jour. Le brouillard s'etait dissipe, et les
deux troupes ennemies s'observaient d'un bord a l'autre de l'abime.
XLII
NOUVELLES DOULEURS.
C'etait une singuliere rencontre. La se trouvaient en presence deux
troupes d'ennemis acharnes, revenant chacune du pays de l'autre, chargee
de butin, et emmenant des prisonniers! Elles se rencontraient a moitie
chemin; elles se voyaient, a portee de mousquet, animees des sentiments
les plus violents d'hostilite, et cependant un combat etait impossible, a
moins que les deux partis ne franchissent un espace de pres de vingt
milles. D'un cote, les Navajoes, dont la physionomie exprimait une
consternation profonde, car les guerriers avaient reconnu leurs enfants;
de l'autre, les chasseurs de scalps, dont la plupart pouvaient
reconnaitre, parmi les captives de l'ennemi, une femme, une soeur, ou une
fille.
Chaque parti jetait sur l'autre des regards empreints de fureur et de
vengeance. S'ils se fussent rencontres en pleine prairie, ils auraient
combattu jusqu'a la mort. Il semblait que la main de Dieu eut place entre
eux une barriere pour empecher l'effusion du sang et prevenir une bataille
a laquelle la largeur de l'abime etait le seul obstacle. Ma plume est
impuissante a rendre les sentiments qui m'agiterent a ce moment. Je me
souviens seulement que je sentis mon courage et ma vigueur corporelle se
doubler instantanement. Jusque-la, je n'avais ete que spectateur a peu
pres passif des evenements de l'expedition. Je n'avais ete excite par
aucun elan de mon propre coeur; mais maintenant je me sentais anime de
toute l'energie du desespoir.
Une pensee me vint, et je courus vers les chasseurs pour la leur
communiquer. Seguin commencait a se remettre du coup terrible qui venait
de le frapper. Les chasseurs avaient appris la cause de son a
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