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it avec une expression d'imbecillite douloureuse a
contempler. Je me faisais facilement une idee du terrible conflit qui
s'agitait dans son sein. Il ne fit plus aucun effort pour persuader sa
fille. Il n'essaya pas davantage d'approcher d'elle; mais il garda pendant
quelque temps la meme attitude, sans proferer un mot.
--Emmenez-la! murmura-t-il enfin d'une voix rauque et entrecoupee;
emmenez-la! Peut-etre, si Dieu le permet, elle se rappellera un jour.
XXXVIII
LE SCALP BLANC
Il nous fallut traverser de nouveau l'horrible salle pour remonter sur la
terrasse inferieure du temple. Comme je m'avancais vers le parapet, je vis
en bas une scene qui me remplit de crainte. Mon coeur se serra et
s'environna comme d'un nuage. L'impression fut soudaine, indefinissable
comme la cause qui la produisait. Etait-ce l'aspect du sang? (car il y en
avait de repandu). Non; ce ne pouvait etre cela. J'avais vu trop souvent
le sang couler dans ces derniers temps; je m'etais meme habitue a le voir
verser sans necessite. D'autres choses, d'autres bruits, a peine
perceptibles a l'oeil ou a l'oreille, agissaient sur mon esprit comme de
terribles presages. Il y avait une sorte d'_electricite funeste_ dans
l'air, non dans l'atmosphere physique, mais dans l'atmosphere morale, et
cette electricite exercait son influence sur moi par un de ces mysterieux
canaux que la philosophie n'a point encore definis. Reflechissez un peu
sur ce que vous avez eprouve vous-meme. Ne vous est-il pas arrive souvent
de sentir la colere ou les mauvaises passions eveillees autour de vous,
avant qu'aucun symptome, aucun mot, aucun acte, n'eut manifeste ces
dispositions chez ceux qui vous entouraient? De meme que l'animal prevoit
la tempete lorsque l'atmosphere est encore tranquille, je sentais
instinctivement que quelque chose de terrible allait se passer. Peut-etre
trouvais-je ce presage dans la complete tranquillite meme qui nous
environnait. Dans le monde physique, la tempete est toujours precedee d'un
moment de calme.
Devant le temple etaient reunies les femmes du village, les jeunes filles
et les enfants; en tout, a peu pres deux cents. Elles etaient diversement
habillees; quelques-unes drapees dans des couvertures rayees; d'autres
portant des tilmas, des tuniques de peau de faon brodees, ornees de plumes
et teintes de vives couleurs; d'autres des vetements de la civilisation:
de riches robes de satin qui avaient appartenu aux dames du Del-Norte, des
ju
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