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. Elle crie et se debat
pour lui echapper, au moment ou nous entrons. Il la tient avec force et a
releve la manche de peau de faon de sa tunique. Il examine son bras
gauche, qu'il serre contre sa poitrine.
--C'est elle! c'est elle! s'ecrie-t-il d'une voix tremblante d'emotion.
Oh! mon Dieu, c'est elle! Adele Adele! ne me reconnais-tu pas, moi, ton
pere?
Elle continue a crier. Elle le repousse, tend les bras a l'Indien, et
l'appelle a son secours! Le pere lui parle avec toute l'energie de la
tendresse la plus ardente. Elle ne l'ecoute pas. Elle detourne son visage
et se traine avec effort jusqu'aux pieds du pretre, dont elle embrasse les
genoux.
--Elle ne me connait pas! Oh! Dieu! mon enfant! ma fille!
Seguin lui parle encore dans la langue des Indiens, et avec l'accent de la
priere.
--Adele! Adele! je suis ton pere!
--Vous! qui etes-vous? des blancs! nos ennemis! Ne me touchez pas! hommes
blancs! arriere!
--Chere, chere Adele; ne me repousse pas, moi, ton pere! Te
rappelles-tu....
--Mon pere!... mon pere etait un grand chef. Il est mort. Voici mon pere:
le Soleil est mon pere. Je suis la fille de Moctezuma! je suis la reine
des Navajoes.
En disant ces mots, un changement s'opere en elle. Elle ne rampe plus.
Elle se releve sur ses pieds. Ses cris ont cesse, et elle se tient dans
une attitude fiere et indignee.
--Oh! Adele, continue Seguin de plus en plus pressant, regarde-moi! ne te
rappelles-tu pas? Regarde ma figure! Oh! Mon Dieu! ici! regarde! regarde
ceci, voila ta mere. Adele! regarde; c'est son portrait; ton ange de mere!
Regarde-le! regarde, oh! Adele!
Seguin, tout en parlant, tire une miniature de son sein et la place sous
les yeux de sa fille. Cet objet attire son attention. Elle le regarde,
mais sans manifester aucun souvenir. Sa curiosite seule est excitee. Elle
semble frappee des accents energiques mais suppliants de son pere. Elle le
considere avec etonnement. Puis, elle le repousse de nouveau. Il est
evident qu'elle ne le reconnait pas. Elle a perdu le souvenir de son pere
et de tous les siens. Elle a oublie la langue de son enfance; parents,
Famille, elle a tout oublie!
Je ne puis retenir mes larmes en regardant la figure de mon malheureux
ami. Semblable a un homme atteint d'une blessure mortelle, mais encore
vivant, il se tenait debout, au milieu du groupe, silencieux et ecrase de
douleur. Sa tete etait retombee sur sa poitrine; le sang avait abandonne
ses joues; son oeil erra
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