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e vous ne me force a manquer a ce voeu, ou, par le ciel! son sang
sera le premier repandu!
Un murmure de vengeance courut dans la foule, mais pas un ne repondit.
--Vous n'etes qu'une brute sans courage, avec tous vos airs matamores,
continua-t-il se tournant vers Kirker et le regardant dans le blanc des
yeux. Remettez ce couteau tout de suite! Ou, par le Dieu vivant! je vous
envoie la balle de ce pistolet a travers le coeur!
Seguin avait tire son pistolet, se tenant pret a executer sa menace. Il
semblait qu'il eut grandi; son oeil dilate, brillant et terrible, fit
reculer cet homme qui se vit mort, s'il desobeissait; et, avec un sourd
rugissement, il remit son couteau dans la gaine.
Mais la revolte n'etait pas encore apaisee. Ces hommes ne se laissaient
pas dompter si facilement. Des exclamations furieuses se firent entendre,
et les mutins chercherent a s'encourager l'un l'autre par leurs cris.
Je m'etais place a cote du chef avec mes revolvers armes, pret a faire feu
et resolu a le soutenir jusqu'a la mort. Beaucoup d'autres avaient fait
comme moi, et, parmi eux, Rube, Garey, Sanchez le torero et le Maricopa.
Les deux partis en presence etaient a peu pres egaux en nombre, et si nous
en etions venus aux mains, le combat eut ete terrible; mais, juste a ce
moment, quelque chose apparut dans le lointain qui calma nos fureurs
intestines: c'etait l'ennemi commun. Tout a l'extremite occidentale de la
vallee, nous apercumes des formes noires, par centaines, accourant a
travers la plaine. Bien qu'elles fussent encore a une grande distance, les
yeux exerces des chasseurs les reconnurent au premier regard; c'etaient
des cavaliers; c'etaient des Indiens; c'etaient les Navajoes lances a
notre poursuite. Ils arrivaient a plein galop, et se precipitaient a
travers la prairie comme des chiens de chasse lances sur une piste. En un
instant, ils allaient etre sur nous.
--La-bas! cria Seguin: la-bas, voila des scalps de quoi vous satisfaire;
mais prenez garde aux votres. Allons, a cheval! En avant l'atajo! je vous
tiendrai parole. A cheval, braves compagnons! a cheval!
Les derniers mots furent prononces d'un ton conciliant. Mais il n'y avait
pas besoin de cela pour activer les mouvements des chasseurs. L'imminence
du danger suffisait. Ils auraient pu sans doute soutenir l'attaque a
l'abri des maisons, mais seulement jusqu'au retour du gros de la tribu, et
ils sentaient bien que c'en etait fait de leur vie, s'ils etaient
attei
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