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vers la sierra. La route conduisait, par une ravine dessechee, vers une
plaine ouverte qui s'etendait a perte de vue a l'est et a l'ouest. C'etait
un desert.
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Je n'entrerai pas dans le detail de tous les evenements qui marquerent la
traversee de cette terrible _jornada_. Ces evenements etaient du meme
genre que ceux que nous avions essuyes dans les deserts de l'ouest. Nous
eumes a souffrir de la soif, car il nous fallut faire une traite de 60
milles sans eau. Nous traversames des plaines couvertes de sauge ou pas un
etre vivant ne troublait la monotonie mortelle de l'immensite qui nous
environnait. Nous fumes obliges de faire cuire nos aliments sans autre
combustible que l'artemisia. Puis nos provisions s'epuiserent, et les
mules de bagages tomberent l'une apres l'autre sous le couteau des
chasseurs affames. Plusieurs nuits, nous dumes nous passer de feu. Nous
n'osions plus en allumer, car, bien que l'ennemi ne se fut pas encore
montre, nous savions qu'il devait etre sur nos traces. Nous avions voyage
avec une telle rapidite qu'il n'avait pu encore parvenir a nous rejoindre.
Pendant trois jours, nous nous etions diriges vers le sud-est. Le soir du
troisieme jour, nous decouvrimes les sommets des Mimbres, a la bordure
orientale du desert. Les pics de ces montagnes etaient bien connus des
chasseurs et servirent desormais a diriger notre marche. Nous nous
approchions des Mimbres en suivant une diagonale.
Notre intention etait de traverser la sierra par la route de la
Vieille-Mine, l'ancien etablissement, si prospere autrefois, de notre
chef. Pour lui, chaque detail du paysage etait un souvenir. Je remarquai
que son ardeur lui revenait a mesure que nous avancions. Au coucher du
soleil, nous atteignimes la tete de la _Barranca del oro_, une crevasse
immense qui traversait la plaine ou etait assise la mine deserte. Cet
abime, qui semblait avoir ete ouvert par quelque tremblement de terre,
presentait une longueur de vingt milles. De chaque cote il y avait un
chemin, le sol etait plat et s'etendait jusqu'au bord meme de la fissure
beante. A peu pres a moitie chemin de la mine, sur la rive gauche, le
guide connaissait une source, et nous nous dirigeames de ce cote avec
l'intention de camper pres de l'eau.
Nous marchions peniblement. Il etait pres de minuit quand nous atteignimes
la source. Nos chevaux furent deteles et attaches au milieu de la plaine.
Seguin avait resolu que nous no
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