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ysionomie de cet homme etait empreinte.
--Veux-tu bien taire tes machoires! cria-t-il, la poussant vers les mules.
Je ne vas pas te manger. Wagh! ne sois donc pas si farouche. Allons!
grimpe-moi la. Allons, houpp!
Et, en poussant cette derniere exclamation, il hissa la femme sur une des
mules.
--Si tu ne restes pas tranquille, je vas t'attacher; rappelle-toi de ca.
Et il lui montrait son lasso, en lui indiquant du geste son intention. Une
horrible scene suivit ce premier acte de brutalite.
Nombre de chasseurs de scalps suivirent l'exemple de leur scelerat
compagnon. Chacun d'eux choisit une jeune fille ou une femme a son gout,
et la traina vers l'_atajo_. Les femmes criaient; les hommes criaient plus
fort et juraient. Quelques-uns se disputaient la meme prise, une jeune
fille plus belle que ses compagnes; une querelle s'ensuivit. Les
imprecations, les menaces furent echangees; les couteaux brillerent hors
de la gaine, et les pistolets craquerent.
--Tirons-la au sort! s'ecria l'un d'eux.
--Oui, bravo! tirons! tirons! s'ecrierent-ils tous.
La proposition etait adoptee; la loterie eut lieu, et la belle sauvage
devint la propriete du gagnant. Peu d'instants apres, chacune des mules de
l'atajo etait chargee d'une jeune fille indienne. Quelques-uns des
chasseurs n'avaient pas pris part a cet enlevement des Sabines. Plusieurs
le desapprouvaient (car tous n'etaient pas mechants) par simple motif
d'humanite; d'autres ne se souciaient pas d'etre empetres d'une _squaw_,
et se tenaient a part, assistant a cette scene avec des rires sauvages.
Pendant tout ce temps, Seguin etait de l'autre cote du batiment avec sa
fille. Il l'avait installee sur une des mules et couvrait ses epaules avec
un serape. Il procedait a tous ces arrangements de depart avec des soins
que lui suggerait sa sollicitude paternelle. A la fin, le bruit attira son
attention et, laissant sa fille aux mains de ses serviteurs, il courut
vers la facade.
--Camarades! cria-t-il en voyant les captives montees sur les mules, et
comprenant ce qui s'etait passe. Il y a trop de captifs la. Sont-ce ceux
que vous avez choisis? ajouta-t-il en se tournant vers le trappeur Rube.
--Non, repondit celui-ci; les voila. Et il montra le groupe qu'il avait
place a l'ecart.
--Faites descendre ces femmes, alors, et placez vos prisonniers, sur les
mules. Nous avons un desert a traverser, et c'est tout ce nous pourrons
faire que d'en venir a bout avec ce nombre.
Pui
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