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mps, pendant que nous
traversions le desert; mais comme il n'avait plus parle de cela depuis, je
pensai qu'il n'y attachait pas grande importance. Je m'etais grandement
trompe.
--Il est plus que probable, continua-t-il, que les habitants d'El-Paso
auront pu se defendre. Ils se sont battus deja avec plus de courage que ne
le font d'ordinaire les habitants des autres villes; aussi, depuis assez
longtemps, ils ont ete exempts du pillage, en partie a cause de cela, en
partie a cause de la protection qui resultait pour eux du voisinage de
notre bande, pendant ces derniers temps, circonstance parfaitement connue
des sauvages. Il est a esperer que la crainte de nous rencontrer aura
empeche ceux-ci de penetrer dans la _jornada_, au nord de la ville. S'il
en est ainsi, les notres auront ete preserves.
--Dieu veuille qu'il en soit ainsi! m'ecriai-je.
--Dormons, ajouta Seguin, peut-etre nos craintes sont-elles chimeriques,
et, en tout cas, elles ne servent a rien. Demain nous reprendrons notre
course, sans plus nous arreter, si nos betes peuvent y suffire.
Reposez-vous, mon ami; vous n'avez pas trop de temps pour cela.
Ce disant, il appuya sa tete sur sa selle, et s'arrangea pour dormir. Peu
d'instants apres, comme si cela eut ete un acte de sa volonte, il parut
plonge dans un profond sommeil. Il n'en fut pas de meme pour moi. Le
sommeil avait fui mes paupieres; j'etais dans l'agitation de la fievre;
j'avais le cerveau rempli d'images effrayantes. Le contraste entre ces
idees terribles et les reveries de bonheur, auxquelles je venais de me
livrer quelques instants auparavant, rendait mes apprehensions encore plus
vives. Je me representai les scenes affreuses qui, peut-etre,
s'accomplissaient dans ce moment meme; ma bien-aimee se debattant entre
les bras d'un sauvage audacieux; car les Indiens du Sud, je le savais,
n'etaient nullement doues de ces delicatesses chevaleresques, de cette
reserve froide qui caracterisent les peaux rouges des forets. Je la voyais
entrainee en esclavage, devenant la _squaw_ de quelque Indien brutal, et
dans l'agonie de ces pensees, je me dressai sur mes pieds, et me mis a
courir a travers la prairie. A moitie fou, je marchais sans savoir ou
j'allais. J'errai ainsi pendant plusieurs heures, sans me rendre compte du
temps. Je m'arretai au bord de la barranca. La lune brillait, mais l'abime
beant, ouvert a mes pieds, etait rempli d'ombre et de silence. Mon oeil ne
pouvait en percer les tenebres. A un
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