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ie, pour la plupart, a une profonde angoisse,
nous fimes volte-face et gagnames l'endroit ou nous avions laisse nos
chevaux.
XL
LA BARRANCA.
Apres avoir conduit nos chevaux vers l'ouverture qui donnait sur la
plaine, nous revinmes au fourre pour couper du bois et allumer du feu.
Nous nous sentions en surete. Nos ennemis, en supposant qu'ils eussent
echappe dans leur vallee ne pouvaient nous atteindre qu'en faisant le tour
des montagnes, ou en attendant que la riviere eut repris son niveau. Il
est vrai que l'eau devait baisser aussi vite qu'elle s'etait elevee si la
pluie cessait; mais, heureusement, l'orage etait encore dans toute sa
force. Nous savions qu'il nous serait facile de rejoindre promptement
l'_atajo_, et nous nous determinames a rester quelque temps pres du
_canon_, jusqu'a ce que les hommes et les chevaux eussent pu rafraichir
leurs forces par un repas. Les uns et les autres avaient besoin de
nourriture et les evenements des jours precedents n'avaient pas permis
d'etablir un bivouac regulier. Bientot les feux flamberent sous le couvert
des rochers surplombant. Nous fimes griller de la viande sechee pour notre
souper, et nous mangeames avec appetit. Nous avions grand besoin aussi de
secher nos vetements. Plusieurs hommes avaient ete blesses. Ils furent,
tant bien que mal, panses par leurs camarades, le docteur etant alle en
avant avec l'_atajo_.
Nous demeurames quelques heures pres du _canon_. La tempete continuait a
mugir autour de nous, et l'eau s'elevait de plus en plus. C'etait
justement ce que nous desirions. Nous regardions avec une vive
satisfaction le flot monter a une telle hauteur que, Rube l'assurait, la
riviere ne pourrait pas reprendre son niveau avant un intervalle de
plusieurs heures. Le moment vint enfin de reprendre notre course. Il etait
pres de minuit quand nous montames a cheval. La pluie avait presque efface
les traces laissees par le detachement d'El-Sol; mais la plupart des
hommes de la troupe etaient d'excellents guides, et Rube, prenant la tete,
nous conduisit au grand trot. De temps en temps la lueur d'un eclair nous
montrait les pas des mules marques dans la boue, et le pic blanc qui nous
servait de point de mire. Nous marchames toute la nuit. Une heure apres le
lever du soleil, nous rejoignions l'_atajo_, pres de la base de la
montagne neigeuse. Nous fimes halte dans un des defiles, et, apres
quelques instants employes a dejeuner, nous continuames notre voyage a
tra
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