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echos, les sauvages s'elancerent au galop vers
l'ouverture.
--Maintenant, a nous! cria une voix. Feu! hourra!
La detonation des cinquante pistolets n'en fit qu'une. Les chevaux qui
etaient en avant reculerent et s'abattirent en arriere, se debattant des
quatre pieds dans l'etroit passage. Ils tomberent tous a la fois, et
barrerent entierement le chenal. D'autres cavaliers arrivaient derriere
excitant leurs montures. Plusieurs furent renverses sur les corps
amonceles. Leurs chevaux se relevaient pour retomber encore, foulant aux
pieds les morts et les vivants. Quelques-uns parvinrent a se frayer un
passage et nous attaquerent avec leurs lances. Nous les repoussames a
coups de crosses et en vinmes aux mains avec les couteaux et les
tomahawks. Le courant refoule par le barrage des cadavres d'hommes et de
chevaux, se brisait en ecumant contre les rochers. Nous nous battions dans
l'eau jusqu'aux cuisses. Le tonnerre grondait sur nos tetes, et nous
etions aveugles par les eclairs. Il semblait que les elements prissent
part au combat. Les cris continuaient plus sauvages et plus furieux que
jamais. Les jurements sortaient des bouches ecumantes, et les hommes
s'etouffaient dans des embrassements qui ne se terminaient que par la mort
d'un des combattants. Mais l'eau, en montant, soulevait les corps des
chevaux qui, jusque-la, avaient obstrue le passage, et les entrainait
au-dela de l'ouverture. Toutes les forces des Indiens allaient nous
ecraser. Grand Dieu! ils se reunissent pour une nouvelle charge, et nos
fusils sont vides!
A ce moment un nouveau bruit frappe nos oreilles. Ce ne sont pas les cris
des hommes, ce ne sont pas les detonations des armes a feu; ce ne sont pas
les eclats du tonnerre. C'est le mugissement terrible du torrent. Un cri
d'alarme se fait entendre derriere nous. Une voix nous appelle: Fuyez, sur
votre vie! Au rivage! au rivage! Je me retourne: je vois mes compagnons se
precipiter vers la pente abordable, en poussant des cris de terreur. Au
meme instant, mes yeux sont attires par une masse qui s'approche. A moins
de vingt yards de la place ou je suis, et entrant dans le _canon_, je vois
une montagne noire et ecumante: c'est l'eau, portant sur la crete de ses
vagues des arbres deracines et des branches tordues. Il semble que les
portes de quelque ecluse gigantesque ont ete brusquement ouvertes, et que
le premier flot s'en echappe. Au moment ou mes yeux l'apercoivent, elle se
heurte contre les piliers de
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