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nts. Rester dans la ville eut ete folie et personne n'y pensa. En un
clin d'oeil nous etions tous en selle; l'_atajo_, charge des captifs et
des provisions, se dirigeait en toute hate vers les bois. Nous nous
proposions de traverser le defile qui ouvrait du cote de l'est, puisque
notre retraite etait coupee par les cavaliers, venant de l'autre cote.
Seguin avait pris la tete et conduisait la mule sur laquelle sa fille
etait montee. Les autres suivaient, galopant a travers la plaine sans rang
et sans ordre. Je fus des derniers a quitter la ville. J'etais reste en
arriere avec intention, craignant quelque mauvais coup et determine a
l'empecher si je pouvais.
--Enfin, pensai-je, ils sont tous partis!
Et enfoncant mes eperons dans les flancs de mon cheval, je m'elancai apres
les autres.
Quand j'eus galope jusqu'a environ cent yards des murs, un cri terrible
retentit derriere moi; j'arretai mon cheval et me retournai sur ma selle
pour voir ce que c'etait. Un autre cri plus terrible et plus sauvage
encore m'indiqua l'endroit d'ou etait parti le premier. Sur le toit le
plus eleve du temple, deux hommes se debattaient. Je les reconnus au
premier coup d'oeil; je vis aussi que c'etait une lutte a mort. L'un des
deux hommes etait le chef-medecin que je reconnus a ses cheveux blancs; la
blouse etroite, les jambieres, les chevilles nues, le bonnet enfonce de
son antagoniste me le firent facilement reconnaitre. C'etait le trappeur
essorille. Le combat fut court. Je ne l'avais pas vu commencer, mais je
vis le denoument. Au moment ou je me retournais, le trappeur avait accule
son adversaire contre le parapet et de son bras long et musculeux il le
forcait a se pencher par-dessus le bord; de l'autre main, il brandissait
son couteau. La lame brilla et disparut dans le corps; un flot rouge coula
sur les vetements de l'Indien; ses bras se detendirent; son corps, plie
en deux sur le bord du parapet, se balanca un moment et tomba avec un
bruit sourd sur la terrasse au-dessous. Le meme hurlement sauvage retentit
encore une fois a mes oreilles, et le chasseur disparut du toit. Je me
retournai pour reprendre ma route. Je pensai qu'il s'agissait du payement
de quelque dette ancienne, de quelque terrible revanche. Le bruit d'un
cheval lance au galop se fit entendre derriere moi, un cavalier me
suivait. Je n'eus pas besoin de me retourner pour comprendre que c'etait
le trappeur.
--Prete rendu, c'est legitime, dit-on. C'est, ma foi, une belle
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