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taient noirs, la peau brunie. Il y avait dans le regard une fermete et
une expression sauvage, acquises, sans aucun doute, par la contemplation
de plus d'une scene terrible. Elle etait toujours belle, mais ce n'etait
plus la beaute etheree de ma bien-aimee. Son sein etait souleve par des
pulsations breves et irregulieres. Une ou deux fois, pendant que je la
regardais, elle s'eveilla a moitie, et murmura quelques mots dans la
langue des Indiens. Son sommeil etait inquiet et agite. Pendant le voyage,
Seguin avait veille sur elle avec toute la sollicitude d'un pere; mais
elle avait recu ses soins avec indifference, et tout au plus avait-elle
adresse un froid remerciment. Il etait difficile d'analyser les sentiments
qui l'agitaient. La plupart du temps elle restait immobile et gardait le
silence. Le pere avait cherche une ou deux fois a reveiller en elle
quelque souvenir de son enfance, mais sans aucun succes; et chaque fois il
avait du, le coeur rempli de tristesse, renoncer a ses efforts. Je le
croyais endormi, je me trompais. En le regardant plus attentivement, je
vis qu'il avait les yeux fixes sur sa fille avec un interet profond, et
pretait l'oreille aux phrases entrecoupees qui s'echappaient de ses
levres. Il y avait dans son regard une expression de chagrin et d'anxiete
qui me toucha jusqu'aux larmes. Parmi les quelques mots, inintelligibles
pour moi, qu'Adele avait murmures tout endormie, j'avais saisi le nom de
"Dacoma". Je vis Seguin tressaillir a ce nom.
--Pauvre enfant! dit-il, voyant que j'etais eveille, elle reve; elle a des
songes agites. J'ai presque envie de l'eveiller.
--Elle a besoin de repos, repondis-je.
--Oui; mais repose-t-elle ainsi? Ecoutez! encore Dacoma.
--C'est le nom du chef captif.
--Oui. Ils devaient se marier, conformement a la loi indienne.
--Mais comment savez-vous cela?
--Par Rube. Il l'a entendu dire pendant qu'il etait prisonnier dans leur
ville.
--Et l'aimait-elle, pensez-vous?
--Non; il est clair que non. Elle avait ete adoptee comme fille par le
chef-medecin et Dacoma la reclamait pour epouse.
Moyennant certaines conditions, elle lui aurait ete livree. Elle le
redoutait et ne l'aimait pas, les paroles entrecoupees de son reve en font
foi. Pauvre enfant! quelle triste destinee que la sienne!
--Encore deux journees de marche et ses epreuves seront terminees. Elle
sera rendue a la maison paternelle, a sa mere.
--Ah! si elle reste dans cet etat, le coeur de ma pau
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