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si nous en aurons assez, dit Seguin.--Hola, Rube,
continua-t-il, appelant le vieux trappeur, choisissez nos prisonniers.
Nous ne pouvons en prendre plus de vingt. Vous les connaissez; prenez ceux
qui conviendront le mieux pour negocier des echanges.
Ce disant, le chef se dirigea vers l'_atajo_ avec sa fille, dans le but de
la faire monter sur une des mules. Rube procedait a l'execution de l'ordre
qu'il avait recu. Peu apres, il avait choisi un certain nombre de captifs
qui se laissaient faire, et il les avait fait sortir de la foule.
C'etaient principalement des jeunes filles et de jeunes garcons, que leurs
traits et leurs vetements classaient parmi la noblesse de la nation;
c'etaient des enfants de chefs et de guerriers.
--Wagh! s'ecria Kirker, avec sa brutalite accoutumee, il y a la des femmes
pour tout le monde, camarades! pourquoi chacun de nous n'en prendrait-il
pas? qui nous en empeche?
--Kirker a raison, ajouta un autre, je me suis promis de m'en donner au
moins une.
--Mais comment les nourrirons-nous en route? nous n'avons pas assez de
viande pour en prendre une chacun.
--Au diable la viande, s'ecria celui qui avait parle le second. Nous
pouvons atteindre le Del-Norte en quatre jours au plus. Qu'avons-nous
besoin de tant de viande.
--Il y en a en masse de la viande, ajouta Kirker. Ne croyez donc pas le
capitaine; et puis, d'ailleurs, s'il en manque en route, nous planterons
la les donzelles en leur prenant ce qu'elles ont de plus precieux pour
nous.
Ces mots furent accompagnes d'un geste significatif designant la
chevelure, et dont la feroce expression etait revoltante a voir.
--Eh bien, camarades, qu'en dites-vous?
--Je pense comme Kirker.
--Moi aussi.
--Moi aussi.
--Je ne donne de conseils a personne, ajouta le brutal; chacun de vous
peut faire comme il lui plait; mais quant a moi, je ne me soucie pas de
jeuner au milieu de l'abondance.
--C'est juste, camarade, tu as raison; c'est juste.
--Eh bien, c'est celui qui a parle le premier qui choisit le premier, vous
le savez; c'est la loi de la montagne. Ainsi donc, la vieille, je te
prends pour moi. Viens, veux-tu?
En disant cela, il s'empara d'une des Indiennes, une grosse femme de bonne
mine; il la prit brutalement par la taille et la conduisit vers l'atajo.
La femme se mit a crier et a se debattre, effrayee, non pas de ce qu'on
avait dit, car elle n'en avait pas compris un mot, mais terrifiee par
l'expression feroce dont la ph
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