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Des mains vigoureuses empoignent l'Indien par ses vetements et 'accrochent
a ses cheveux. On brandit a ses yeux les couteaux deja rouges de sang; on
l'entraine du toit et on lui fait descendre les echelles. Il n'oppose plus
aucune resistance, car il voit que toute hesitation sera desormais le
signal de sa mort. Moitie traine, moitie dirigeant la marche, il atteint
le rez-de-chaussee du temple. Il penetre dans un passage masque par des
peaux de buffalos. Seguin le suit, ne le quitte pas de l'oeil et ne le
lache pas de la main. Nous marchons en foule derriere, sur les talons les
uns des autres. Nous traversons des couloirs sombres, qui descendent et
forment un labyrinthe inextricable. Nous arrivons dans une large piece
faiblement eclairee. Des images fantastiques frappent nos yeux, mystiques
symboles d'une horrible religion. Les murs sont couverts de formes
hideuses et de peaux de betes sauvages. Nous voyons la tete feroce de
l'ours gris; celles du buffalo blanc, du carcajou, de la panthere, et du
loup toujours affame. Nous reconnaissons les cornes et le frontal de
l'elan, du cimmaron, du buffle farouche. Ca et la sont des figures
d'idoles, de formes grotesques et monstrueuses, grossierement sculptees,
en bois ou en pierre rouge du desert. Une lampe jette une faible lumiere;
et sur un _brasero_, place a peu pres au milieu de la piece, brille une
petite flamme bleuatre. C'est le feu sacre: le feu qui, depuis des
siecles, brule en l'honneur du dieu Quetzalcoatl! Nous ne nous arretons
pas a examiner tous ces objets. Nous courons dans toutes les directions,
renversant les idoles et arrachant les peaux sacrees. D'enormes serpents
rampent sur le sol et s'enroulent autour de nos pieds. Ils ont ete
troubles, effrayes par cette invasion inaccoutumee. Nous aussi nous sommes
epouvantes, car nous entendons la terrible crecelle de la queue du
crotale! Les chasseurs sautent par-dessus, et les frappent de la crosse de
leurs fusils; ils en ecrasent un grand nombre sur le pave. Tout est cris
et confusion. Les exhalaisons du charbon nous asphyxient; nous etouffons.
Ou est Seguin? Par ou est-il passe?
Ecoutez! des cris! c'est la voix d'une femme! Des voix d'hommes s'y melent
aussi. Nous nous precipitons vers le point d'ou partent ces cris. Nous
ecartons violemment les cloisons de peaux accrochees. Nous apercevons
notre chef. Il tient une femme entre ses bras; une jeune fille, une belle
jeune fille couverte d'or et de plumes brillantes
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