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agitent son ame. Il se releve, comme frappe d'une idee soudaine.
--Oh! Adele! Adele! s'ecrie-t-il d'une voix oppressee! En s'adressant a
sa femme, oh! chante cette chanson, cette romance si douce, tu te
rappelles? cette chanson que tu avais l'habitude de lui repeter si
souvent. Tu te la rappelles? Adele! Regarde-la! vite! vite! Oh! mon Dieu!
peut-etre elle pourra...
La musique l'interrompt. La mere l'a compris, et, avec l'habilete d'une
virtuose, elle amene par une modulation savante un chant d'un caractere
tout different: je reconnais la douce cantilene espagnole: "La madre a su
hija" (La mere a son enfant).
Elle chante en s'accompagnant de la mandoline. Elle y met toute son ame;
l'amour maternel l'inspire. Elle donne aux paroles l'accent le plus
passionne, le plus tendre:
Tu duermes, cara nina.
Tu duermes en la paz.
Los angeles del cielo
Los angeles guardan, guardan
Nina mia! Cara ni--
* * * * *
Le chant est interrompu par un cri,--un cri dont l'expression est
impossible a rendre. Les premiers mots de la romance avaient fait
tressaillir la jeune fille, et son attention avait redouble, s'il etait
possible. Pendant que le chant continuait, l'expression singuliere que
nous avons remarquee sur sa figure devenait de plus en plus visible et
marquee. Quand la voix arriva au refrain de la melodie, une exclamation
etrange sortit de ses levres. Elle se dressa sur ses pieds, regarda avec
egarement celle qui chantait.
Ce fut un eclair! L'instant d'apres, elle criait d'un accent profond et
passionne: "Maman! maman!" et tombait dans les bras de sa mere.
Seguin avait dit vrai lorsqu'il s'etait ecrie: "Peut-etre un jour Dieu
permettra qu'elle se rappelle!" Elle se rappelait non seulement sa mere,
mais, bientot apres, elle le reconnaissait lui aussi. Les cordes de la
memoire avaient vibre, les portes du souvenir s'etaient ouvertes. Elle
retrouvait les impressions de son enfance. _Elle se rappelait tout!_
Je ne veux point tenter de decrire la scene qui suivit. Je n'essayerai pas
de peindre les sentiments des acteurs de cette scene, les cris de joie
celeste meles de sanglots et de larmes, larmes de bonheur!
Nous etions tous heureux, ivres de joie; mais pour Seguin, cette heure
etait _l'heure de sa vie._
FIN
End of Project Gutenberg's Les chasseurs de chevelures, by Captain Mayne-Reid
*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CHASSEURS DE CHEVELURES ***
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