|
garde au loin--du cote des Mimbres. Elle connait bien ces
montagnes, ces pics de selenite brillante, ces sentinelles immobiles du
desert; elle les connait bien: son coeur suit ses yeux.
Tous nous l'observons, elle est l'objet de notre commune sollicitude.
C'est a elle que se rapportent toutes les douleurs. Son pere, sa mere, sa
soeur, l'observent avec une profonde tristesse; Saint-Vrain aussi.
Cependant, chez ce dernier l'expression n'est pas la meme. Son regard
trahit l'....
Elle s'est retournee subitement; et s'apercevant que tous nos yeux sont
fixes sur elle, nous regarde l'un apres l'autre... Ses yeux rencontrent
ceux de Saint-Vrain! Sa physionomie change tout a coup; elle s'illumine,
comme le soleil se degageant des nuages. Ses yeux s'allument. Je connais
cette flamme: je l'ai vue deja, non dans ses yeux, mais dans des yeux qui
ressemblaient aux siens, dans ceux de sa soeur; je connais cette flamme:
c'est celle de l'amour. Saint-Vrain, lui aussi, est en proie a la meme
emotion. Heureux Saint-Vrain! heureux, car son amour est partage. Il
l'ignore encore, mais je le sais, moi. Je pourrais d'un seul mot combler
son coeur de joie.
Quelques moments se passent ainsi. Ils se regardent: leurs yeux echangent
des eclairs. Ni l'un ni l'autre ne peut les detourner. Ils obeissent a la
puissance supreme de l'amour. L'energique et fiere attitude de la jeune
fille s'affaisse peu a peu; ses traits se detendent; son regard devient
plus doux; tout son exterieur s'est transfigure. Elle se laisse aller sur
un banc et s'appuie contre le parapet. Elle ne se tourne plus vers l'est;
ses regards ne cherchent plus les Mimbres. Son coeur n'est plus au desert!
il a suivi ses yeux qui restent continuellement fixes sur Saint-Vrain. De
temps en temps, ils s'abaissent sur les dalles de l'azolea; mais sa pensee
les ramene au meme objet; elle le regarde tendrement, plus tendrement
chaque fois qu'elle y revient. L'angoisse de la captivite est oubliee.
Elle ne desire plus s'enfuir. L'endroit ou il est n'est plus pour elle une
prison; c'est un paradis. On peut maintenant laisser les portes ouvertes.
L'oiseau ne fera plus d'efforts pour sortir de sa cage: il est apprivoise.
Ce que la memoire, l'amitie, les caresses, n'ont pu faire, est accompli
par l'amour en un instant; la puissance mysterieuse de l'amour a
transforme ce coeur sauvage; le temps d'une pulsation a suffi pour cela:
les souvenirs du desert sont effaces. Je crus voir que Seguin avait to
|