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remarque, car il observait avec attention les moindres mouvements de sa
fille. Il me sembla que cette decouverte lui faisait plaisir; il
Paraissait moins triste qu'auparavant. Mais je ne continuai pas a suivre
cette scene. Un interet plus vif m'attira d'un autre cote, et, obeissant a
une douce attraction, je me dirigeai vers l'angle meridional de l'azolea.
Je n'etais pas seul. Ma bien-aimee etait avec moi, et nos mains etaient
jointes, comme nos coeurs. Notre amour n'avait point a se cacher; avec Zoe,
il n'avait jamais ete question de secrets sous ce rapport. Notre passion
s'abandonnait aux impulsions de la nature. Zoe ne savait rien des usages
conventionnels du monde, de la societe, des cercles soi-disant raffines.
Elle ignorait que l'amour fut un sentiment dont on put avoir a rougir.
Jusque-la, nuls temoins ne l'avaient genee. La presence meme de ses
parents, si redoutable aux amoureux moins purs que nous ne l'etions,
n'avait jamais mis le moindre obstacle a l'expression de ses sentiments.
Seule ou devant eux, sa conduite etait la meme. Elle ignorait les
hypocrisies de la nature conventionnelle; les scrupules, les intrigues,
les luttes simulees. Elle ignorait les terreurs des ames coupables. Elle
suivait naivement les impulsions placees en elle par le Createur. Il n'en
etait pas tout a fait de meme chez moi. J'avais vecu dans la societe; peu,
il est vrai, mais assez pour ne pas croire autant a l'innocente purete de
l'amour; assez pour etre devenu quelque peu sceptique sur sa sincerite.
Grace a elle, je me debarrassais de ce miserable scepticisme; mon ame
s'ouvrait a l'influence divine: je comprenais toute la noblesse de la
passion. Notre attachement etait sanctionne par ceux-la memes qui seuls
avaient le droit de le sanctionner. Il etait sanctifie par sa propre
purete. Nous contemplons le paysage, rendu plus beau par le coucher du
soleil, dont les rayons ne frappent plus la riviere, mais dorent encore le
feuillage des cotonniers qui la couvrent, et envoient, ca et la, une
trainee lumineuse sur les flots. La foret est diapree des riches nuances
de l'automne. Les feuilles vertes sont entremelees de feuilles rouges; ici
elles revetent le jaune d'or, la le marron fonce. Sous cette brillante
mosaique, le fleuve deploie ses courbes sinueuses, comme un serpent
gigantesque dont la tete va se perdre dans les bois sombres qui
environnent El Paso. Tout cela se deroule a nos yeux, car la place que
nous occupons domine le paysage
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