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mangent tout brides. Par moments, un chasseur endormi murmure quelques
mots, se debattant en reve contre quelque terrible ennemi. Ainsi la nuit
se passe, traversant les groupes de lumineux _cucujos_[1]
[Note 1: Coleopteres phosphorescents.]
Tout se tait au moment ou le jour approche. Les loups cessent de hurler;
le cygne et la grue bleue font silence; l'oiseau de proie nocturne a garni
sa panse vorace, et s'est perche sur un pin de la montagne; les mouches
phosphorescentes disparaissent sous l'influence des heures plus froides;
et les chevaux, ayant pature toute l'herbe qui se trouvait a leur portee,
sont couches et endormis.
Une lumiere grise commence a se repandre sur la vallee; elle glisse le
long des blancs rochers de la montagne de quartz. L'air frais du matin
reveille les chasseurs. L'un apres l'autre ils se levent. Ils frissonnent
en se redressant, et ramassent autour d'eux les plis de leurs manteaux.
Ils paraissent fatigues; leurs figures sont pales et blafardes. L'aube
grise donne un air de fantome a leurs faces barbues et non lavees. Un
instant apres, ils rassemblent les longes et les attachent aux anneaux;
visitent les chiens et les amorces de leurs fusils, et rebouclent leurs
ceintures; tirent de leurs havre-sacs des morceaux de _tasajo_ et les
mangent crus. Debout aupres de leurs chevaux, ils se tiennent prets a se
mettre en selle. Le moment n'est pas encore venu. La lumiere gagne la
vallee. Le brouillard bleu qui couvrait la riviere pendant la nuit
s'eleve. Nous distinguons tous les details des maisons. Quelles
singulieres constructions! Les plus elevees ont un, deux, et jusqu'a
quatre etages. Toutes affectent la forme d'une pyramide tronquee. Chaque
etage est en retraite sur celui qui est au-dessous, d'ou resulte une serie
de terrasses superposees. Les maisons sont d'un blanc jaunatre, couleur de
la terre qui a servi a les construire. On n'y voit pas de fenetres; des
portes ouvertes a chaque etage sur le dehors donnent acces dans
l'interieur; des echelles dressees de terrasse en terrasse sont appuyees
contre les murs. Sur le sommet de quelques-unes, il y a des perches
portant des bannieres, ce sont les demeures des principaux chefs et des
grands guerriers de la nation. Nous voyons le temple distinctement. Il a
la meme forme que les maisons, mais il est plus large et plus eleve. De
son toit s'elance un grand mat portant une banniere avec un etrange
ecusson. Pres des maisons sont des enclos remplis
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