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caressees, les avait enivres. Ils avaient perdu la raison; ils etaient
fous.
--En avant donc! cria Seguin, faisant un effort desespere pour contenir sa
fureur. En avant, insenses, suivez votre aveugle passion. Vous payerez
cette folie de votre vie!
En disant ces mots, il retourna son cheval et prit sa course vers le phare
brillant. Les hommes le suivirent en poussant de joyeuses et sonores
acclamations. Apres un long jour de course nous atteignimes la base de la
montagne. Les chasseurs se jeterent en bas de cheval et grimperent vers
les roches brillantes. Ils les atteignirent; les attaquerent avec leurs
tomahawks, leurs crosses de pistolets; les gratterent avec leurs couteaux;
enleverent des feuilles de mica et de selenite transparente... puis les
jeterent a leurs pieds, honteux et mortifies; l'un apres l'autre ils
revinrent dans la plaine, l'air triste et profondement abattus; pas un ne
dit mot; ils remonterent a cheval et suivirent leur chef.
Nous avions perdu un jour a ce voyage sans profit; mais nous nous
consolions en pensant que les Indiens, suivant nos traces, feraient le
meme detour. Nous courions maintenant au sud-ouest; mais ayant trouve une
source non loin du pied de la montagne, nous y restames toute la nuit.
Apres une autre journee de marche au sud-est, Rube reconnut le profil des
montagnes. Nous approchions de la grande ville des Navajoes. Cette
nuit-la, nous campames pres d'un cours d'eau, un bras du Prieto, qui se
dirige vers l'est. Un grand abime entre deux rochers marquait le cours de
la riviere au-dessus de nous. Le guide montra cette ouverture, pendant que
nous nous avancions vers le lieu de notre halte.
--Qu'est-ce, Rube? demanda Seguin.
--Vous voyez cette gorge en face de vous?
--Oui; qu'est-ce que c'est?
--La ville est la.
XXXV
NAVAJOA.
La soiree du jour suivant etait avancee quand nous atteignimes le pied de
la sierra, a l'embouchure du canon. Nous ne pouvions pas suivre le bord de
l'eau plus loin, car il n'y avait dans le chenal ni sentier ni endroit
gueable. Il fallait necessairement franchir l'escarpement qui formait la
joue meridionale de l'ouverture. Un chemin fraye a travers des pins
chetifs s'offrait a nous, et, sur les pas de notre guide, nous commencames
l'ascension de la montagne. Apres avoir gravi pendant une heure environ,
en suivant une route effrayante au bord de l'abime. Nous parvinmes a la
crete; nos yeux se porterent vers l'est. Nous avions atteint l
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