|
t au-dessous,
ils n'en doutaient plus. Le chef les avait conduits par le San-Carlos pour
les en detourner, craignant que la recherche de l'or ne retardat la
marche. Il n'avait nul souci de leurs interets. Il ne pensait qu'au but
Particulier qu'il voulait atteindre. Ils s'en retourneraient aussi pauvres
qu'ils etaient venus, ca lui etait bien egal. Jamais ils ne retrouveraient
une occasion pareille. Tels etaient les murmures entremeles de jurements.
Seguin n'entendait rien, ou feignait de ne pas entendre. Il avait un de
ces caracteres qui savent tout supporter, jusqu'a ce que le moment
favorable pour agir se presente. Il etait naturellement emporte, comme
tous les creoles; mais le temps et l'adversite avaient amene son caractere
a un calme et a un sang-froid qui convenaient admirablement au chef d'une
semblable troupe. Quand il se decidait a agir, il devenait, comme on dit
dans l'Ouest, _un homme dangereux_, et les chasseurs de scalps savaient
cela. Pour l'instant, il ne prenait pas garde a leurs murmures.
Longtemps avant le point du jour, nous nous etions remis en selle, et nous
nous dirigions vers le haut Prieto. Nous avions remarque des feux a une
certaine distance pendant la nuit et nous savions que c'etaient ceux des
villages des Apaches. Notre intention etait de traverser leur pays sans
etre apercus, et nous devions, quand le jour aurait paru, nous cacher
parmi les rochers jusqu'a la nuit suivante. Quand l'aube devint claire,
nous fimes halte dans une profonde ravine, et quelques-uns de nous
grimperent sur la hauteur pour reconnaitre. Nous vimes la fumee s'elever
au-dessus des villages, au loin; mais nous les avions depasses pendant
l'obscurite, et, au lieu de rester dans notre cachette, nous continuames
notre route a travers une large plaine couverte de sauges et de cactus. De
chaque cote les montagnes se dressaient, s'elevant rapidement a partir de
la plaine, et affectant ces formes fantastiques qui caracterisent les pics
de ces regions. En haut des roches a pic, formant d'effrayants abimes, on
decouvrait des plateaux mornes, arides, silencieux. La plaine arrivait
jusqu'a la base meme des rochers qui avaient du necessairement etre
baignes par les eaux autrefois. C'etait evidemment le lit d'un ancien
ocean. Je me rappelai la theorie de Seguin sur les mers interieures. Peu
apres le lever du soleil, la direction que nous suivions nous conduisit a
une route indienne. La nous traversames la riviere avec l'intention de
|