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e Seguin,
pas un de la bande ne semblait s'inquieter de ses interessantes
antiquites. Les traces de l'ours gris, que l'on voyait sur la terre molle,
occupaient bien plus les chasseurs que les poteries brisees et leurs
peintures hieroglyphiques. Deux de ces animaux furent decouverts pres du
camp, et un terrible combat s'ensuivit, dans lequel un des Mexicains
faillit perdre la vie, et n'echappa qu'apres avoir eu la tete et le cou en
partie depouilles. Les ours furent tues et servirent a notre souper. Le
jour suivant, nous remontames le Gila jusqu'a l'embouchure de San Carlos,
ou nous fimes halte pour la nuit. Le San-Carlos vient du nord, et Seguin
avait resolu de remonter le cours de cette riviere pendant une centaine de
milles, et, ensuite, de traverser a l'est vers le pays des Navajoes. Quand
il eut fait connaitre sa decision, un esprit de revolte se manifesta parmi
les hommes, et des murmures de mecontentement gronderent de tous cotes.
Peu d'instants apres, cependant, plusieurs etant descendus et s'etant
avances dans l'eau, a quelque distance du bord, ramasserent quelques
grains d'or dans le lit de la riviere. On apercut aussi, parmi les
rochers, comme indice du precieux metal, la _quixa_, que les Mexicains
designent sous le nom de _mere de l'or_. Il y avait des mineurs dans la
troupe, qui connaissaient tres-bien cela, et cette decouverte sembla les
satisfaire. On ne parla plus davantage de gagner le Prieto. Peut-etre le
San-Carlos se trouverait-il aussi riche. Cette riviere avait, comme
l'autre, la reputation d'etre aurifere. En tout cas, l'expedition, en se
dirigeant vers l'est, devait traverser le Prieto dans la partie elevee de
son cours, et cette perspective eut pour effet d'apaiser les mutins, du
moins pour l'instant. Une autre consideration encore contribuait a les
calmer: le caractere de Seguin. Il n'y avait pas un individu de la bande
qui se souciat de le contrarier en la moindre des choses. Tous le
connaissaient trop bien pour cela; et ces hommes, qui faisaient
generalement bon marche de leur vie quand ils se croyaient dans le droit
consacre par la loi de la montagne, savaient bien que retarder
l'expedition dans le but de chercher de l'or n'etait ni conforme a leur
contrat avec lui, ni d'accord avec ses desirs. Plus d'un dans la troupe,
d'ailleurs, etait vivement attire vers les villes des Navajoes par des
motifs semblables a ceux qui animaient Seguin. Enfin, dernier argument qui
n'echappait pas a la majorite:
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