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c, le vert, le jaune et les tons
etaient aussi vifs que s'ils eussent ete tout fraichement tires de la
palette d'un peintre. Aucune fumee ne les avait ternis depuis qu'ils
avaient emerge de leurs couches souterraines. Aucun nuage ne voilait la
nettete de leurs contours. Ce n'etait point un pays de nuages, et tout le
temps que nous le traversames, nous n'apercumes pas une tache au ciel;
rien au-dessus de nous que l'ether bleu et sans limites. Je me rappelai
les observations de Seguin. Il y avait quelque chose d'imposant dans la
vue de ces eblouissantes montagnes; quelque chose de vivant qui nous
empechait de remarquer l'aspect desole de tout ce qui nous entourait. Par
moment, nous ne pouvions nous empecher de croire que nous nous trouvions
dans un pays tres-peuple, tres-riche et tres-avance, si on en jugeait par
la grandeur de son architecture. En realite, nous traversions la partie la
plus sauvage du globe, une terre qu'aucun pied humain n'avait jamais
foulee, sinon le pied chausse du mocassin: la region de l'Apache-Loup et
du miserable Vamparico.
Nous suivions les bords de la riviere; ca et la, pendant nos haltes, nous
cherchions de l'or. Nous n'en trouvions que de tres-petites quantites, et
les chasseurs commencaient a parler tout haut du Prieto. La,
pretendaient-ils, l'or se trouvait en lingots. Quatre jours apres avoir
quitte le Gila, nous arrivames a un endroit ou le San-Carlos se frayait un
canon a travers une haute sierra. Nous y fimes halte pour la nuit. Le
lendemain matin, nous decouvrimes qu'il nous serait impossible de suivre
plus longtemps le cours de la riviere sans escalader la montagne. Seguin
annonca son intention de la quitter et de se diriger vers l'est. Les
chasseurs accueillirent cette declaration par de joyeux hourras. La vision
de l'or brillait de nouveau a leurs yeux. Nous attendimes au bord du
San-Carlos, que la grande chaleur du jour fut passee, afin que nos chevaux
pussent se rafraichir a discretion. Puis, nous remettant en selle, nous
coupames a travers la plaine. Nous avions l'intention de voyager toute la
nuit, ou du moins jusqu'a ce que nous trouvassions de l'eau, car une halte
sans eau ne pouvait nous procurer aucun repos. Avant que nous eussions
marche longtemps, nous nous trouvames en face d'une terrible _jornada_, un
de ces deserts redoutes, sans herbe, sans arbre, sans eau. Devant nous,
s'etendait du nord au sud une rangee inferieure de montagnes, puis
au-dessus une autre chaine plus e
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