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que la
foudre tombe sur son lit.
C'est un veritable revolte contre la societe, non qu'il ait a s'en
plaindre, mais par nature perverse, ayant du plaisir a jouer cette partie,
prenant a tache de se faire craindre et detester, comme d'autres de se
faire aimer, et, en ce sens, un etre veritablement diabolique.
Il mena cette vie jusqu'a trente-deux ans. A ce moment, un evenement
inattendu, imprevu, le changea. Il etait alle a Loudun, en Poitou, pour
voir une belle protestante dont il avait entendu parler et pour essayer de
la seduire. C'etait le temps des exorcismes qui accompagnerent et suivirent
le proces d'Urbain Grandier. Ce spectacle extraordinaire, qui n'etait pour
tant d'autres qu'un sujet de curiosite, le bouleversa: tout d'un coup, le
cote grave de la vie se devoile et lui apparait; il va trouver un pretre,
se jette a genoux et lui fait une confession generale: il etait converti.
S'il se convertit, ce n'est pas par faiblesse d'esprit, affaissement de ses
forces, a un age ou les passions amorties sont pres de s'eteindre: a cette
heure, son energie est aussi grande, la vigueur de son esprit n'a pas
baisse: "Vous ne deliberez pas pour vous enivrer, dit saint Clement
d'Alexandrie, vous ne deliberez pas pour faire une injure; il n'y a qu'une
occasion ou vous deliberiez, c'est quand on vous propose d'embrasser la
piete!" Lui, il ne delibere pas; subitement eclaire par cette lumiere que
les sceptiques nomment un trait du hasard, et que les chretiens appellent
la grace de Dieu, il voit qu'il est dans la mauvaise voie, et, sans
hesiter, avec cette soudainete de volonte propre aux ames superieures,
rebrousse chemin et prend la route opposee: c'est le meme homme, seulement,
selon le sens exact du mot, il se _convertit_, c'est-a-dire il se tourne
dans le sens contraire.
La conversion d'un homme est toute autre que celle d'une femme: vous est-il
arrive parfois d'entrer, durant la journee, dans une eglise? elle est
presque deserte; seulement quelques femmes, dispersees dans la nef, prient
ou meditent en silence; vous apaisez vos pas, vous admirez leur
recueillement, leur piete, leur modestie. Mais ce n'est pas ce qui vous
etonne le plus: c'est si, parmi ces femmes, vous voyez un homme, un homme a
genoux au pied d'un autel, absorbe dans sa pensee et le front dans ses
mains. Pourquoi donc la vue de cet homme vous etonne-t-elle? C'est que, les
femmes, il semble naturel qu'elles s'humilient devant le Tres-Haut: elles
sont fa
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