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ive et juge les arts avec gout et intelligence; M. Ropartz, dont
l'Academie des inscriptions a distingue recemment les Etudes historiques;
puis de vrais Bretons qui parlent et ecrivent la langue de leurs peres, le
breton: M. le Joubioux, M. Luzel, M. l'abbe Guillome, mort il y a deux ans
a peine, et dont ses compatriotes ont dit que: "c'etait le plus grand poete
qui ait ecrit en langue celtique." Car elle produit encore des fleurs de
poesie celtique, cette vieille terre armoricaine, des poesies d'une saveur
franche et d'un caractere original, nees du souffle des evenements
contemporains ou inspirees par le sentiment de la nature. La nature, les
Bretons l'ont de tout temps vivement et profondement sentie, bien avant
J.J. Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre; les poetes n'ont jamais manque
en Bretagne, et les plus beaux chants, les plus populaires, sont dus a des
paysans, a des patres, a des cloarecs, a de jeunes filles. Ce ne sont pas
des paysans ordinaires, ces Bretons aux costumes pittoresques, qui parlent
la langue nationale; qui ont garde les moeurs antiques, et dont la vie se
passe parmi les monuments des druides et les manoirs consacres par la
legende, dans les vastes landes couvertes de genets et la solitude des
grands espaces, ou en face de la mer, sur les apres cotes aux rocs de
granit. Autour d'eux il y a comme une atmosphere qui les transforme et les
idealise; on les trouve poetiques, et ils sont naturellement poetes[1].
[Note 1: Voir l'_Appendice_.]
Tous les poetes bretons qui se sont fait un nom dans la litterature
contemporaine, MM. Ach. du Clesieux, H. Violeau, de Francheville et
Brizeux, le barde breton par excellence, sont animes du meme genie,
s'inspirent des memes sentiments: la foi, la religion du foyer, le culte de
la famille, l'amour du pays; tous connaissent cette passion de melancolie,
amante de l'infini, que Chateaubriand avait comme sucee au sein de la mere
patrie, et qui lui donnait un si imposant caractere de gravite, enfin cette
reverie naive et touchante qui valut a l'un d'eux, Raymond du Dore,
l'hommage le plus delicat et le plus rare: il avait publie, il y a vingt
ans, sans le signer, un volume de poesies; un jour, dans une ville du Nord,
quelqu'un, une ame aimante sans doute, en rencontra un exemplaire, et il
fut si emu par cette poesie douce et tendre, qu'il voulut faire partager a
d'autres le charme qu'il avait ressenti; il le fit imprimer de nouveau, et,
ne sachant quel nom y ins
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