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es privileges. On ne peut nier
que ce recit ne soit fait dans un esprit de nationalite exclusif; mais un
interet puissant s'attache a cette histoire, interet qui tient au talent
original de l'auteur. Il n'a aucune pretention, il ne cherche pas les
phrases a effet; on voit un homme preoccupe, avant tout, de montrer la
verite, et qui, la trouvant si contraire a ce que l'on a cru et ecrit
jusqu'ici, et si favorable a sa patrie, s'anime en vous la demontrant. Il
est heureux et fier, comme il le dit quelque part, de publier des pieces si
glorieuses pour son pays; il devient eloquent, et son emotion sincere gagne
le lecteur; on partage son indignation ou sa pitie. Au milieu de ce recit
net, ordonne, qui marche droit a son but et ne s'avance qu'a mesure que le
terrain est bien affermi, le Breton se reconnait: il a parfois des
railleries et des sourires goguenards qui rappellent l'esprit gaulois, et
pour lesquels il y a un mot gaulois aussi et expressif, le mot _gouailler_.
Il est, de plus, doue a un eminent degre de la finesse bretonne, plus
habile et plus deliee que la finesse normande si vantee. Il vous presente
les choses d'une telle facon qu'il vous fait presque toujours conclure avec
lui, et ce n'est que plus tard, en y reflechissant, que l'on s'etonne
d'etre alle si loin dans son sens. Il faut le dire: quelque etrange que
puisse paraitre une telle assertion au monde litteraire parisien, cette
histoire de la _Conspiration de Pontcallec_, par M. de la Borderie, est
superieure a bien des oeuvres publiees a Paris, signees de noms illustres
et vantees comme des chefs-d'oeuvre. On y trouve, a cote d'une erudition
large et sure, l'amour du sujet, l'agrement de la narration, la lucidite de
la composition, la conscience de l'historien. Avec de telles qualites, M.
de la Borderie n'a pas fait seulement ce que l'on nomme aujourd'hui si
facilement et si vaguement un _beau livre_, il a fait un bon livre, un
livre vrai, qui a epuise le sujet et qu'on ne refera plus. On ne saurait
mieux louer un historien.
II
L'Association bretonne.
Il est une institution qui distingue la Bretagne des autres provinces et ou
se reflete son genie, l'_Association bretonne_.
Dans ce pays couvert encore de landes et de terres incultes, et ou il reste
tant de ruines des anciens ages, des hommes intelligents ont compris que
ces deux interets ne devaient pas etre separes, les progres de
l'agriculture et l'etude des monuments de l'histoire locale.
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